Falstaff de Verdi a tenu ses promesses, ce week-end à Verbier, grâce à un Bryn Terfel des grands jours. Sa seule présence sur scène subjugue. Le baryton-basse gallois possède ce timbre d’ébène, légèrement rugueux, énorme, mais aussi velouté par moments, qui sied au bouffon ventru de Shakespeare. C’est à peine si le vibrato s’élargit dans le grave, mais tout est parfait, sans parler de ce talent d’acteur qui lui permet, d’un seul geste ou d'un seul regard, d'esquisser toute une situation théâtrale.

On est d’autant plus conquis que Jesús López Cobos fait le maximum avec le Verbier Festival Orchestra. La direction du chef espagnol est vive, subtile, cordes ciselées, bois fruités, cuivres sonores, sans que l’orchestre ne couvre jamais les voix. Or, sans l’orchestre, le souffle de Verdi (qui n’est pas que vocal) tombe à plat dans cet opéra. C’est d’autant plus remarquable que le chef n’a pas de contact visuel avec les chanteurs, placés au-devant de la scène, évoluant dans une mise en espace simple et astucieuse que l’on doit à Claudio Desderi.

Il suffit d’une cuve à vin et d’un paravent pour qu’on comprenne de quoi il s'agit. Et il suffit que Bryn Terfel sorte de scène, enfile une sorte de pyjama et qu’il se mette à trembler pour qu’on comprenne que Falstaff est tout retourné après avoir été jeté dans les eaux de la Tamise.

La distribution est globalement de haut vol. Luca Salsi (Ford) développe une ligne de chant à l’élégance verdienne, de plus en plus dense, comme innervée de l’intérieur, face à ce bougre de Falstaff. Yvonne Naef prend appui sur ses beaux graves de mezzo pour signifier l’ironie de Quickly quand elle s’incline révérencieusement devant le héros bedonnant.

Carlo Bosi (Bardolfo) et David Shipley (Pistola) sont des comparses remarquables, alors qu’Erika Grimaldi (au soprano corsé et nourri) pourrait être plus enjouée en Alice. Le ténor Atalla Ayan (Fenton) possède un timbre cuivré à l’aigu flatteur, mais pas assez souple, trop peu raffiné, hélas, dans son aria «Dal labbro il canto estasiato vola». La soprano chinoise Ying Fang (Nannetta), d’abord un rien effacée, laisse surgir de magnifiques aigus filés dans son beau solo de la Reine des Fées, au 3e acte. Elle a été particulièrement applaudie.