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Dans «Faust» de Gounod, la mise en scène de Georges Lavaudant et les décors de Jean-Pierre Vergier manquent de cohésion et de nerf.
© Magali Dougados

Lyrique

Un «Faust» musical mais décousu à l’Opéra des Nations

Belles voix et Orchestre de la Suisse romande voluptueux soutiennent une mise en scène et une scénographie irrégulières de l’opéra de Gounod

A l’Opéra des Nations, Faust titube. Il tombe souvent et se relève parfois. La nouvelle production lyrique genevoise tangue entre force et faiblesse. La force est dans la fosse. Michel Plasson et l’Orchestre de la Suisse romande prennent le temps de dérouler et de colorer la partition de Charles Gounod de façon presque gourmande. Leur Faust? Charnel, déclamé avec fougue et posé sur un velours sonore.

Le chef possède une si longue expérience du grand opéra français et de cette œuvre qu’il n’a aucun besoin de la faire briller. Il l’éclaire de l’intérieur, d’un feu lent. Et la fait avancer sans hâte, d’une baguette tranquille. La maîtrise de la narration et des climats se révèle aussi assurée que les départs sont parfois flous, quand l’allure doit reprendre son souffle. Mais l’ensemble respire et chante large.

Il y a une grande difficulté à tenir le cap dans cet opéra disparate, écartelé entre Dieu et Diable, Bien et Mal, Religiosité et Militarisme, Faute et Rédemption, Amour et Haine, Jeunesse et Mort… Trouver un fil conducteur dans cette pelote de sujets entremêlés pendant plus de trois heures tient du tour de force. Musicalement, la ligne est tenue solidement de bout en bout. Il n’en va pas de même sur le plateau.

Georges Lavaudant et son décorateur-costumier Jean-Pierre Vergier optent pour un système unique, qui dévoile différents univers coulissant au fil des tableaux. Le choix est dramaturgiquement judicieux et esthétiquement convaincant, à défaut d’être révolutionnaire. Et la beauté s’invite par endroits. Une chambre de jeune fille pour figurer la «demeure chaste et pure», un long drap gris tenu serré par Marguerite qui le tire comme une traîne de cendre, des ombres multipliées par des projecteurs manipulés sur scène: quelques moments de magie apparaissent comme des rêves, telle l’éblouissante robe à miroirs de l’air «des bijoux».

Le décor qui accueille ces visions a le mérite d’être simple, avec une longue paroi de tôle ondulée et un escalier métallique en colimaçon. Quelques accessoires et un univers sombre aux lumières suggestives suffisent à camper des climats évocateurs, bien qu’on en ait vu de plus puissants dans le registre du dispositif industriel.

Tant que le spectacle conserve cette sobriété, la force est avec lui. La faiblesse apparaît lorsqu’il sort du cadre. Les mouvements chorégraphiés du chœur tombent à plat. Les corps, mal fagotés et platement animés, sonnent triste. Les allées et venues de filles de cabaret détournent maladroitement le propos. Quant aux apparitions de pénitents à cagoules pointues, ange de la mort, Mephisto à chaussures rouges pailletées ou Christ maléfique, elles cumulent les discordances. Et paraissent datées.

Les voix compensent et séduisent. John Osborn campe un vaillant Faust et Ruzan Mantashyan une Marguerite sensible. Mais leurs deux prises de rôle les montrent encore tendus, particulièrement la belle Arménienne, qui ne résiste pas au poids de son rôle en fin de parcours. Si Adam Palka possède une voix d’encre puissante, son Méphistophélès manque d’envergure. L’expressivité et le caractère appartiennent à Marina Viotti (Marthe) et Jean-François Lapointe (Valentin), d’une une diction parfaite, alors que Shea Owens (Wagner) et Samantha Hankey (Siebel) font preuve d’un bel engagement. Il faut enfin saluer la puissance et le tranchant du chœur, sans qui ce Faust se verrait privé du nerf et du relief que la mise en scène peine à rendre.


Opéra des Nations, les 3, 5, 7, 9, 12, 14 et 18 février. Rens. 022 322 50 50, www.geneveopera.ch

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