Depuis hier et jusqu'au 11 mars, dans quatre villes suisses, la manifestation «La Palestine plurielle, identité et culture» propose de découvrir ce pays sous l'angle de la création artistique. Au programme: projections, concerts et théâtre, regroupés dans une opération inédite de promotion de la culture palestinienne. Organisé par Sanabel, espace lausannois d'échanges interculturels, le projet est financé en grande partie par des institutions publiques (Pro Helvetia, la DDC, la Ville de Lausanne, notamment) et quelques sponsors privés, dont l'organisme genevois Faisal Finance, filiale du groupe bancaire islamique DMI.

«Les Suisses ne connaissent pas la Palestine. Leurs seules informations sont liées aux images de violence télévisées.» Directeur de Sanabel, Awni Ahmed est Palestinien. Arrivé en Suisse il y a six ans, après avoir suivi des études à l'Université de Bir Zeit et été engagé par le CICR, il est confronté aux idées reçues sur un pays dont l'existence même n'était pas encore admise: «Sur mon premier permis de séjour en Suisse, on m'avait attribué une nationalité israélienne. J'étais vraiment fâché.» Pour faire connaître ses racines arabes, Awni Ahmed participe, en mars 1999, à la création, sur le mode associatif, du centre de langue et de culture arabe Sanabel, qui organise des concerts, des expositions de peinture et des cycles de conférences.

Pour Awni Ahmed, l'enjeu de cette nouvelle manifestation est de «rompre avec une vision exclusivement politique du monde arabe».

Riche programme

Le riche programme accueille certains artistes palestiniens confirmés. De la musique: la chanteuse Rim Banna, qui actualise le répertoire populaire traditionnel, l'innovateur groupe Sabreen, dont les compositions tiennent largement du jazz. Du théâtre: la troupe du théâtre Alkasaba, dont la pièce évoque la discrimination raciale. Du cinéma: plusieurs films, documentaires et courts métrages, qui abordent tous la question de l'identité palestinienne. Réunir ainsi différentes formes d'expression sur dix jours n'a pas été sans difficulté pour Awni Ahmed.

Pour les sponsors de «La Palestine plurielle», la question de l'implication politique d'un tel projet ne fait pas problème. De l'avis de Thomas Laely de Pro Helvetia, cette manifestation répond aux exigences requises en matière de subvention: «Nous soutenons exclusivement des projets dont la part culturelle est impartiale et ne semble pas instrumentalisée à des fins politiques. Mais il nous est difficile de juger, surtout lorsqu'il s'agit du Moyen-Orient.» Pour Marie-Claude Jequier, responsable des Affaires culturelles à la Ville de Lausanne, «chaque peuple a le droit de défendre son identité».

Quatre intervenants de la conférence qui avait lieu hier soir à Genève, puis les réalisateurs Azza el Hassan et Subhi Zobaidi ont dû renoncer à participer à la manifestation, aucun visa n'ayant été accordé par Israël. L'organisateur, qui souhaitait évacuer la question politique de la manifestation, a tout de même modifié le thème de la conférence: au lieu de «L'histoire du peuple palestinien», le débat portait sur «l'identité palestinienne et la situation actuelle en Palestine». «Après l'Intifida de septembre dernier, explique Awni Ahmed, nous nous sommes sentis obligés de modifier notre thème et d'aborder la reprise du conflit. Nous ne pouvons pas parler de l'histoire de la Palestine sans évoquer le présent.»