S'imaginer devant une émission de télévision consacrée au difficile travail des pompiers de la ville. La journaliste et son cameraman filment non-stop la vie des combattants du feu. Ils suivent donc logiquement une unité appelée en renfort dans un immeuble où une grand-mère pousse d'horribles hurlements... A partir de ce moment-là, le plateau-télé que l'on s'est tranquillement préparé ne passe plus.

Très vite, on se demande ce qui cloche chez cette petite fille au teint si pâle et aux lèvres violettes. [REC], sur le mode de Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato il y a trente ans et du Projet Blair Witch il y a dix ans, utilise la forme du reportage télé pour mieux inscrire la terreur qu'il inspire dans la réalité. Sans utiliser les habituels codes du film d'horreur comme la musique ou le montage (et pour cause puisque c'est du «direct»), le dernier film de Jaume Balagueró (Darkness, Fragiles), réalisé en duo avec Paco Plaza, mise sur la peur de l'inconnu. Une mystérieuse contagion atteint l'un après l'autre les habitants de l'immeuble, sont-ce des zombies? On ne dira rien, sous peine de gâcher la fête.

Sans révolutionner le genre, [REC] remplit cependant efficacement sa mission: terroriser le spectateur. Lui faire peur jusque dans ses croyances les plus intimes. Ni gore ni malsain, [REC] est un défouloir, un exutoire dans lequel jeter toutes les frayeurs contemporaines de l'être humain: la perte d'un proche, la maladie, la folie meurtrière.

[REC], de Paco Plaza, Jaume Balagueró (Espagne, 2007), avec Manuela Velasco, Ferran Terraza, Jorge Yamam, Carlos Lasarte, Pablo Rosso, David Vert, Vicente Gil, Martha Carbonell, 1h20.