Il vous arrive de rêvasser en observant les transformations sans fin du ciel? Alors ce film est pour vous. A force d'être fascinée par les nuages, Marion Hänsel s'est décidée à réaliser un film dont ils seraient les acteurs principaux. Mais une heure quinze de nuages, n'est-ce pas trop pour quiconque? Qu'on se rassure, si le film est effectivement de nature contemplative, il est aussi composé de bien d'autres éléments. Par exemple l'eau, la pollution, les volcans – source de vapeurs de toutes sortes. Mais aussi des sons: bruits de la nature, moments musicaux et surtout, dans une étonnante alchimie, douze «lettres» adressées à son fils, dans lesquelles la cinéaste raconte son expérience de la maternité.

Film de rupture, Nuages s'inscrit ainsi dans la suite de Sur la Terre comme au ciel (1992), son seul film basé sur un scénario original: l'histoire d'une femme enceinte qui tente de persuader son enfant de naître alors qu'il s'y refuse au vu du triste état de notre planète. Ce film-ci reprend en quelque sorte le fil après la naissance, et transmet au contraire l'idée de la beauté du monde, ou du moins de la nature. Loin de tout écologisme militant, la cinéaste y a mis tout son talent pictural et son sens de la concision, de sorte que ce sentiment se communique presque de lui-même.

Assistée de ses chefs opérateurs (principalement Didier Frateur et notre compatriote Pio Corradi), elle est allée chercher à travers l'Europe et en Afrique australe des images d'une beauté et d'une étrangeté parfois renversantes. Mais son film se distingue de tentatives «new age» telles que Koyaanisqatsi (Godfrey Reggio, 1983) ou Baraka (Ron Fricke, 1992) par un usage plus parcimonieux des accélérés ou de la musique. Le rythme du film laisse vraiment l'esprit vagabonder, les compositions de Michael Galasso sont plus intimes que planantes et le fameux débit de voix un peu sec de Catherine Deneuve contient à merveille l'émotion. Finalement, c'est du côté de Jean-Daniel Pollet (Dieu sait quoi, 1994) qu'on trouverait l'équivalent le plus proche de cet «essai poétique». Une forme de cinéma rare, mais qui vous ouvre vraiment les yeux.

Nuages – Lettres à mon fils, de Marion Hänsel (Belgique-Allemagne 2001), avec la voix de Catherine Deneuve.