lyrique

Un film traduit à l’opéra

«Les Contes de la lune vague après la pluie», classique du cinéma japonais, a été adapté à la scène lyrique par Alain Perroux et le compositeur genevois Xavier Dayer

Critique: «Les Contes de la lune vague»

C’est d’abord un très beau film, un classique du cinéma japonais. Les Contes de la lune vague après la pluie de Kenji Mizoguchi (1953) a servi de source d’inspiration pour un opéra de chambre de Xavier Dayer. Cette fable dépeint deux paysans au XVIe siècle au Japon, tentés par l’accroissement de richesse et la gloire – y compris par l’adultère – au détriment de leur vie psychique intérieure et de leurs épouses qu’ils délaissent.

S’appuyant sur un livret d’Alain Perroux, le compositeur genevois a conçu une œuvre à la tension dramatique intériorisée. Huit jours après sa création à l’Opéra de Rouen dans une scénographie de Richard Peduzzi, Les Contes de la lune vague après la pluie était présenté dimanche après-midi au Victoria Hall de Genève, à l’occasion d’une version de concert – donc sans mise en scène – coproduite par le festival Archipel et les Concerts du dimanche.

D’emblée, on reconnaît la patte de Xavier Dayer. Le compositeur genevois, si sensible à la couleur de l’instrumentation, creuse les timbres, peaufine les textures. Il utilise un langage atonal (mais relativement familier) qui laisse peu de repos à l’oreille, cherchant à insuffler une tension inquiète de bout en bout. Etroitement adapté du film, le livret suit un tracé linéaire, avec un resserrement autour de ses séquences clés, ponctué de quelques césures. On a là une succession de tableaux, s’enchaînant de manière fluide, loin de livrets souvent plus abscons que l’on trouve dans la musique contemporaine.

Or, cette tension – très prenante au départ – finit par faire du surplace comme si les techniques d’écriture, aussi éprouvées soient-elles, ne se renouvelaient pas suffisamment. Peut-être l’absence de scénographie y est-elle pour quelque chose, mais la linéarité de la narration conjuguée à une dramaturgie au rythme continu (malgré les césures) induit une uniformité sur la durée. C’est que Xavier Dayer ne dévie pas de sa route, creusant un sillon à la fois exigeant et très étroit, travaillant la demi-teinte, des frottements harmoniques sur un mode récurrent, lancinant, avec des éclats abrupts qui ne font toutefois pas éclater le carcan formel.

A la viscéralité propre au film de Mizoguchi (y compris dans les musiques de la bande-son), Xavier Dayer opte pour un traitement plus cérébral des voix. Il évite le piège de l’imitation japonisante pour développer un langage très bien caractérisé, oscillant entre prosodie debussyste et mélismes sur un mode madrigalesque. Certaines voix sont sollicitées à leurs limites, comme le ténor David Tricou (un peu serré dans l’aigu) qui bascule en voix de tête pour camper divers personnages secondaires. La tension psychique se reflète dans les lignes hachurées de Tobe (fougueux ténor Carlos Natale, en dépit d’une diction perfectible), les exclamations saccadées d’Ohama (Judith Fa), les courbes de Miyagi (la mezzo Majdouline Zerari aux beaux graves), l’intensité magnifiquement contenue de Genjuro (Benjamin Mayenobe très habité). Les chanteurs et l’Ensemble Linea dirigés par Jean-Philippe Wurtz portent admirablement l’œuvre que l’on aimerait entendre avec une scénographie afin de s’en faire une idée plus complète.

Critique: Xavier Dayer au festival Archipel

Un film traduit à l’opéra

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