Cinéma

Un film qui vaut le voyage

«The Substance» retrace l’histoire sociale et culturelle du LSD

Le 16 avril 1943, Albert Hoffman goûte à la substance qu’il a synthétisée à partir d’un champignon parasite, l’ergot du seigle, et accède à son second niveau de conscience. Le trip est d’abord «une expérience terrible, une torture abominable», car le chimiste a l’impression d’être passé dans une dimension parallèle, expatrié de sa vie. Et puis, il est illuminé par les couleurs que la drogue lui révèle.

Le documentariste Martin Witz s’intéresse au génie helvétique. Il salue de grandes figures comme Gottlieb Duttweiler, fondateur de la Migros (Dutti der Riese) ou le champion cycliste Hugo Koblet (Hugo Koblet – Pédaleur de charme). Dans The Substance – Albert Hoffmann’s LSD , il retrace l’histoire d’une invention suisse aussi capitale que la Croix-Rouge ou la Swatch: le LSD.

Au début, le LSD, fourni gracieusement par Sandoz, est employé en psychiatrie. On l’administre pour provoquer des «psychoses expérimentales». L’armée américaine rêve d’en tirer une arme chimique susceptible de désorganiser l’adversaire. Elle le teste sur ses soldats qui, hilares, incohérents, semblent bien peu aptes à maintenir l’ordre mondial.

Les artistes s’emparent du LSD. Il devient un carburant essentiel de la contre-culture des années 60. Il fait flamber la guitare de Hendrix ou le Sgt Peppers des Beatles…

Sept petits champignons

Ses apôtres sont Ken Kesey, l’auteur de Vol au-dessus d’un nid de coucou, qui parcourt les Etats-Unis avec ses Merry Pranksters pour initier les gens à l’acide, et Timothy Leary qui a «appris avec sept petits champignons plus qu’en 16 ans de psychologie». Ronald Reagan, gouverneur de Californie, décrète que ce militant du psychédélisme est l’«homme le plus dangereux des Etats-Unis».

Parce que le LSD modifie la conscience collective et catalyse les ardeurs révolutionnaires. En découvrant les splendeurs de l’espace du dedans, la jeunesse rejette l’école, l’armée, la patrie… Le gouvernement contre-attaque en diffusant des rumeurs et des images de propagande sur des adolescents qui s’écrasent en se prenant pour des oiseaux ou regardent le soleil jusqu’à la cécité. Le LSD est interdit en octobre 1966. Aujour­d’hui, il sert parfois dans des thérapies palliatives.

Basé sur un montage d’archives augmenté de quelques entretiens, The Substance engendre une inévitable frustration en parlant d’une réalité sublime mais impossible à montrer: les hallucinations induites par l’acide lysergique. On n’en voit que des manifestations extérieures (rires, regards perdus) ou des reflets imparfaits (l’esthétique de la fin des années 60). Mais les œuvres qui évoquent Dieu souffrent du même handicap… A. D.

VV The Substance – Albert Hoffmann’s LSD, de Martin Witz (Suisse/Allemagne, 2011), 1 h29.

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