Le pianiste Nikolaï Lugansky et le violoniste Vadim Repin se ressemblent peu - allures de prince contre silhouette de bûcheron - mais ils ont tout en commun. L'âge (37 et 38 ans), l'origine russe (Moscou, la Sibérie), une technique inouïe, une carrière qui les place chacun aux sommets de la hiérarchie dans leur instrument.

A deux, ils se complètent idéalement et le concert de gala qu'ils ont donné à l'invitation de la Fondation Balthus, pour honorer le 100e anniversaire de la naissance du peintre, est de ceux qui font date.

De Vadim Repin, Yehudi Menuhin avait dit qu'il était «le plus parfait violoniste qu'il eut jamais entendu». Sa facilité est déconcertante, qui donne l'impression qu'il joue du violon comme d'autres mangent des cacahuètes. Dans certaines occasions, cette aisance confine à une forme de désinvolture. Rien de tel ici: son royal, de miel et d'or, capable de tout; lyrisme intériorisé à l'extrême ou, à l'inverse, déployé comme un soleil de midi; et surtout cette expressivité qui jaillit naturellement, toujours mobile, tendresse brûlante ou ardeur insolente, qui est chez elle dans la pureté mozartienne (Sonate K 403) comme dans la rusticité malicieuse de Stravinski (Divertimento), dans la puissance volcanique de Beethoven (Sonate à Kreutzer), et dans les bis encore: Debussy, avec ses couleurs suffocantes, ses transparences à ne plus toucher terre, avant le panache et l'ironie de Tchaïkovski.

Qu'ajouter? Lugansky! Le pianiste est moins spontanément versatile, mais son toucher de lumière et son élégance apollinienne font jeu égal avec le rayonnement instinctif de Vadim Repin. Jusqu'à le devancer dans la course à l'abîme qui clôt la Sonate à Kreutzer, hallucinante tarentelle qu'il ne semble pas possible de jouer plus vite, plus fort, plus loin.