Faire dialoguer l'ancien et le nouveau est le propre des saisons Legato: le concert de dimanche soir au Conservatoire de musique de Genève, alliant musique et instruments baroques à une création contemporaine sur ces mêmes instruments en aura été parfaitement emblématique.

Entre deux des six «grands» quintettes pour pianoforte et quatuor à cordes de l'op. 57 de Boccherini (1799), l'Ensemble 415 en formation de chambre (Chiara Banchini et Olivia Centurioni, violons, David Courvoisier, alto, Käthy Gohl, violoncelle, Pierre Sublet, pianoforte) a donné en création la Fantaisie concertante, Hommage à Carl Philipp Emanuel Bach du compositeur genevois Eric Gaudibert.

Elliptique et rhapsodique, cette Fantaisie recèle bien des charmes, de l'intégration capricieuse de la rhétorique morcelée à une utilisation raffinée d'harmoniques désincarnés.

En tout cas, les solistes de 415 ne semblent pas avoir eu trop de mal à surmonter les difficultés évidentes de cette écriture, se révélant curieusement bien plus à l'aise dans Gaudibert que dans la pièce initiale, le Quintette dédié à la nation Française, op. 57 en mi mineur. Mise en place parfois brouillonne, sonorité d'ensemble pas toujours très assurée et déséquilibre dynamique en faveur des cordes faisaient trop souvent passer au second plan le jeu aéré et toujours très articulé de Pierre Sublet. Du coup, on en oublierait presque qu'il s'agissait d'un Quintetto pour le Piano-Forte avec accompagnements obligés et concertants de cordes… Défauts atténués dans le célébrissime Quintette en do majeur avec ses variations sulla Ritirata notturna di Madrid ravissante boîte à musique un tantinet obsessionnelle, et qui avec ses sonorités impalpables et ses effets flautando créait dans ce concert une coda inattendue à la pièce de Gaudibert.