L'édition en DVD de Carabine FM réveille une hilarante nostalgie Carabine FM (1986-1991). Créée par Lolita. Gérard Mermet et Alain Monney. Coffret 3 DVD toutes zones. TSR et Yaka Productions. Env. 60 fr.

En 1986, Ronald Reagan et Gorbatchev s'entretiennent de la réduction des armements. Le réacteur de Tchernobyl explose, puis l'usine Sandoz à Schweizerhalle brûle. Duvalier fuit Haïti. Mitterrand et Thatcher annoncent la construction du tunnel sous la Manche.

Pendant ce temps-là, trois larrons venus de Couleur 3, où ils sévissaient depuis deux ans, noyautent la grille des programmes de la TSR avec une parodie radiophonique qui lynchera vite les clichés télévisuels. C'est d'abord Carabine FM, de 1986 à 1988, puis quelques succédanés jusqu'à A Poil les Huîtres, qui s'abîme dans un ultime gag en 1991. Cinq années pendant lesquelles, grâce à Lolita, Gérard Mermet et Alain Monney, la télé romande aura su rire. Et faire rire.

Redécouvrir Carabine grâce au joli coffret que sort ces jours la chaîne avec Yaka Productions, la compagnie où sévit désormais Gérard Mermet, semble réservé aux nostalgiques de plus de 30 ans. Les tics verbaux et poncifs («Bonjour, eh bien, salut», «un sujet qui me tient tout particulièrement à cœur», etc.), les séquences et feuilletons (le professeur Sacrain, le crabe aux pinces molles, le comité d'autodéfense du quartier): autant de jalons entrés dans l'inconscient collectif régional.

Le montage proposé est assez copieux, le disque des premiers sketches de Carabine FM comprend ainsi 80 chapitres. Surtout, il accélère le rythme de la pantalonnade, coulant sa modernité dans le bronze. Car ici, les gags ne sont pas entrecoupés des pseudos clips - rappelons que Carabine FM avait un invité musical par émission - qui valaient certes leur pesant de kitsch, mais donnaient un coup de frein aux éclats de rire. Ceux, entre tant d'autres, suscités par un hilarant hommage au cinéma suisse: un échalas marche le long d'un vague chemin de campagne, doublé d'une voix off débitant des titres de films de la Nouvelle Vague avant que, arrivé à la hauteur de sa voiture, il s'écrie soudain: «Merde, j'ai oublié mes clés!» Preuve, commente Lolita, que le cinéma helvétique «fait pas grand-chose avec peu de moyens».

En fait, la nostalgie n'est pas de mise. Sinon pour nourrir un regret, que rien ne tienne lieu de descendance à cette étincelle précieuse et bouffonne. Par exemple avec cette parodie d'A bon entendeur où l'on compare les somnifères et l'on parvient à cette radicale conclusion: «Malgré l'augmentation de la redevance, les Romands consomment toujours des quantités massives d'émissions soporifiques.» Depuis que la grille des programmes de la TSR n'a plus Carabine FM, cette satire-là a acquis un statut prémonitoire.