Bendiman est né à Genève parce que ses parents ont été récompensés de leur fidélité au Parti par un poste à l’ambassade du Tchad. Mais les faveurs présidentielles sont éphémères et changeantes: la famille Solal est rappelée au pays et, à peine débarqués sur le sol de la patrie, les parents disparaissent «pour raison d’Etat»: ils auraient détourné des millions de dollars. Au petit bonheur la brousse, qui suit les efforts de Bendiman, dit Ben, pour retrouver et faire libérer ses géniteurs, est à la fois un roman de formation et une satire politique. L’auteur, Nétonon Noël Ndjékéry, sait de quoi il parle: il est né à Moundou, dans le sud du pays, son père était un soldat de l’armée française, lui-même vit en Suisse depuis des décennies, il exerce le métier d’informaticien et il a publié romans, pièces de théâtre et nouvelles.

Son jeune héros, dont le nom signifie «patrie d’emprunt», est un nouveau Candide, en plus malin. On l’a arraché au meilleur des mondes, la Suisse, à sa marraine, au Jet d’eau de la rade, au pompon de neige sur le Mont-Blanc. Il y avait bien les affiches avec les moutons noirs, mais leur message n’a pas su ternir «l’esprit de Genève» et l’image que Ben garde de ses héros: Guillaume Tell et la Mère Royaume.