Addi Bâ a connu une destinée exceptionnelle. Né en 1916 en Guinée, il a été emmené en France par son employeur, un fonctionnaire colonial, en 1937. Il s’est engagé dans les tirailleurs sénégalais. Fait prisonnier, il s’est évadé pour rejoindre le maquis des Vosges. Le jeune Africain a été adopté et caché par la population. En 1943, repris, torturé, il a été fusillé sans avoir donné ses camarades. Son compatriote l’écrivain Tierno Monénembo en a fait le héros du Terroriste noir (Seuil, Prix Kourouma 2012).

La figure d’Addi Bâ y est reconstituée à travers le témoignage d’une vieille Vosgienne qui l’a connu à l’époque. Christine Le Quellec Cottier, qui coordonne le Pôle pour les études africaines à la Faculté des lettres de l’Unil, déplie les significations du récit dans sa démarche historique, dans le cadre du «roman colonial» puis de la littérature africaine. Elle le met en regard de l’histoire personnelle de l’auteur, exilé en France depuis 1973, et l’inscrit dans une œuvre importante depuis Les Crapauds-brousse en 1979, dont Peuls et Le Roi de Kahel, Prix Renaudot 2008. Cet essai s’inscrit dans le Cippe, une collection destinée aux étudiants et aux lecteurs qui abordent la littérature francophone.