Pour son deuxième roman, James Anderson reprend la route 117 en plein désert de l’Utah, voie perdue et fictive de 160 km qui délaisse la réelle autoroute 191 quelque part entre Moab (Parc national des Arches) et Salt Lake City. On y retrouve le héros de Desert Home (Belfond, 2017), Ben Jones, camionneur-facteur solitaire, qui depuis vingt ans fait presque chaque jour l’aller-retour entre les deux villes se situant à chaque extrémité de cette longue traversée, Price et Rockmuse, pour effectuer ses livraisons dans un paysage de no man’s land mi-lunaire, mi-martien.

«Tu sais quelle est la différence entre toi et la poste américaine? Toi, tu distribues seulement ce que les gens ont demandé.» Sauf qu’ici, il n’y a pas de panneaux, pas de flèches, pas d’adresses, pas de boîtes aux lettres. Juste des vies isolées, des «existences en cul-de-sac»: anonymes, âmes égarées, marginaux, exilés ou repris de justice cherchant à fuir le monde. Ben les ravitaille en eau, aliments, médicaments, colis, pièces détachées, fournitures agricoles, tout en se gardant bien de lever les mystères ou de s’approcher trop des dangers qui collent à l’asphalte.