Des personnages à placer sur le plateau, des dés à lancer, et des cartes… L’Art & ma carrière est un jeu comme un autre. A quelques détails près. Tout d’abord, il a été créé par une artiste belge, Olivia Hernaïz, qui a détourné le principe de jeux comme Destins ou La Bonne Paye. De plus, l’artiste s’est inspirée pour le contenu d’un sociologue et écrivain américain, James Cook Brown. Plutôt de gauche, ce dernier avait tenté dans les années 1950 de faire entrer dans les familles un contrepoids au Monopoly et autres apologies de la réussite financière. Le jeu d’Olivia Hernaïz met en scène les carrières des femmes et les obstacles qu’elles doivent surmonter pour gagner leur place au soleil.

Chaque joueuse ou joueur choisit son personnage: artiste, curatrice, galeriste, conservatrice de musée, médiatrice culturelle et, enfin, professeure, historienne de l’art ou étudiante. L’objectif est bien sûr de gagner, selon trois critères à choix: argent, bonheur ou gloire…

Déjouer les stéréotypes

«Pendant dix ans, j’ai fait de l’art comme un homme», explique Olivia Hernaïz. En parallèle de sa pratique habituelle, couronnée par de nombreux prix, elle se met à réfléchir à des situations vécues ou entendues. En découle une prise de conscience qui l’incite à prendre position. Voulant éviter de renforcer les stéréotypes, elle décide d’envoyer un formulaire anonyme et confidentiel à des centaines de personnes actives dans le monde de l’art, de professions diverses et à différents stades de leur carrière. Les questions portent sur des sujets parfois tabous, tels que la stabilité financière, le sexisme ou le harcèlement sexuel, le rapport à la maternité, etc. Elle reçoit des centaines de témoignages poignants de France, de Belgique et du Royaume-Uni.

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«Mes principaux publics sont les institutions et les écoles d’art, même si j’ai eu de nombreuses commandes de particuliers», précise l’artiste. Et comme dans un jeu de société, la chance n’a pas toujours été de la partie. Covid oblige, plusieurs expositions et ateliers, prévus en France et au Royaume-Uni, ont été repoussés. «La solution trouvée par certaines institutions a été d’acheter quatre ou cinq exemplaires et de les proposer en prêt à leur public, puis d’organiser une rencontre par visioconférence avec moi. Car pour que la discussion soit intéressante, il faut que les gens aient pu en faire l’expérience.»

C’est d’ailleurs le but premier d’Olivia Hernaïz: inciter les joueuses et les joueurs à confronter leurs opinions. «Idéalement, je viens le premier jour de l’exposition pour former les médiatrices et médiateurs, et je demande au groupe de tester le jeu en formant deux équipes. Cela ouvre le dialogue. C’est cela qui est intéressant.»