Musique

Un Joe Jackson très rock au Montreux Jazz Club

Le chanteur anglais célébrait mardi soir le 40e anniversaire de la sortie de ses deux premiers albums

Le rock anglais ne s’est jamais remis de l’année 1977, qui a vu trois premiers albums faire table rase de la propension qu’il avait alors à tendre vers une certaine forme d’emphase. A coups de riffs acérés et de mélodies tendues, The Damned, The Clash et les Sex Pistols referont du rock une musique basée non pas sur la virtuosité, mais sur une certaine forme d’urgence. Deux ans plus tard, Joy Division avec Unknown Pleasures et The Fall avec Live at the Witch Trials incarneront le bouillonnement post-punk, qui verra les musiciens se livrer à toutes sortes d’expérimentations, certains privilégiant la noirceur de la new wave tandis que d’autres tendront vers le romantisme gothique ou frayeront avec des influences exogènes.

C’est en 1979, justement, que Joe Jackson fait irruption sur la scène musicale britannique avec non pas un, mais deux albums: Look Sharp! sort en janvier, I’m the Man en octobre. Comme l’étiquette est commode, on les classe dans la catégorie post-punk. Dès lors, la carrière du natif de Burton, dans les West Midlands, sera faite d’incessants virages. Après des débuts électriques, il se tournera dans les années 1980 vers le jazz, puis plus tard vers le classique et les musiques du monde. Parfois difficile à suivre, sa discographie déroutera souvent le grand public en même temps qu’elle excitera ses fans, d’où une carrière parfois déceptive qui le verra en quelque sorte tout faire pour échapper à la gloire qui lui semblait promise à l’aube des années 1980.

Expérience radicale

Mardi soir, Joe Jackson célébrait à Montreux ses 40 ans de carrière. Comme pour respecter l’esprit des lieux, et ce Jazz Club dont il était l’unique attraction, il démarre de manière feutrée avec Alchemy, extrait de son très bon dernier album, Fool. Voilà qu’il embraye alors sur l’incisif One More Time et le plus pop Is She Really Going Out with Him?, tous deux tirés de Look Sharp! A ses côtés, un batteur classieux (Doug Yowell), un guitariste jovial (Teddy Kumpel) et le bassiste Graham Maby, qui était déjà de la partie en 1979.

Le son est résolument rock, les arrangements comme la setlist ne s’autorisant que peu d’écarts, un peu comme si l’Anglais avait à cœur de prouver qu’il est bien spirituellement un enfant du punk – même si, à l’instar des Talking Heads, il a toujours privilégié les chemins de traverse.

Real Men, Sunday Papers, You Can’t Get What You Want, I’m the Man, les classiques s’enchaînent, l’ambiance monte, faisant parfois regretter la configuration assise du Jazz Club, là où le Lab aurait parfaitement été compatible avec l’énergie d’un chanteur visiblement heureux de regarder dans le rétroviseur. Connu pour réarranger ses standards au point qu’il peut être difficile de les reconnaître, il explique en rappel vouloir se lancer dans une expérience plus radicale: retrouver le son exact d’un morceau enregistré en 1982. Le voici qui ressort une boîte à rythme et un synthé vintage, ainsi qu’un glockenspiel, pour une version du tube Steppin' Out sonnant en effet – à l’image du concert – comme une madeleine.

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