En 1985, quand paraît Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, Dany Laferrière vit depuis presque dix ans à Montréal, où il a déjà passé quelques années de son enfance avec son père, exilé politique, avant de retourner en Haïti. Au Québec, il travaille en usine, puis comme journaliste, présente la météo et lit beaucoup.

Ce premier roman est une mise en abyme drolatique de sa situation de membre d’une «minorité visible». Il met en scène deux compères noirs fauchés, qui partagent un taudis du quartier populaire de Montréal. L’un lit le Coran et pratique la drague immobile sur son canapé. L’autre, l’écrivain en devenir, tape sur sa Remington «ayant appartenu à Chester Himes» l’éloge des différentes «Miz» blanches, ces étudiantes des beaux quartiers que les deux réussissent à attirer dans leur turne et à mettre à leur service. Certes la cote du mâle noir est en déclin, celle de l’indigène aussi, c’est l’Asiatique qui est en hausse. Mais le marché reste florissant.