Notre société est obsédée par son image. On se ravale, on se retape, une vraie folie de la façade. De cette réalité, l'auteur allemand Marius Von Mayenburg tire une satire où un laid devient une beauté à laquelle tous les hommes veulent et vont ressembler. De quoi perdre deux fois son identité. Sur la scène de Vidy-Lausanne transformée en salle de squash par Gianni Schneider, l'excellent Roland Vouilloz incarne Le moche devenu beau. Mais le spectacle, trop sage, ne fait pas frissonner.

Depuis Je suis le mari de... d'Antoine Jaccoud, on sait que Roland Vouilloz est parfait pour incarner les braves types bousculés par le destin. Ici, il joue Lette, ingénieur très doué mais trop vilain pour se rendre à un congrès où doit être vendu le prototype qu'il a inventé. Son patron (Diego Todeschini), une pomme dans la main et l'air dégagé, s'emploie à le lui expliquer. Et son épouse (Anne-Catherine Savoy) très tranquillement de le lui confirmer: «Tu as une tête catastrophique, mais maintenant je ne le remarque plus», le rassure-t-elle.

La suite relève de la science-fiction. Lette se fait refaire, et si bien qu'il devient le modèle des futurs opérés. Il y aura ainsi, dans la rue - et le lit des femmes - plein de nouveaux Lette. Qui doit affronter un double écueil. Accepter ses nouveaux traits, puis en défendre la récente paternité. Pari impossible puisque son visage est aussi artificiel que celui de ses répliques... En termes faustiens, difficile d'imaginer plus beau sujet.

Malheureusement, Gianni Schneider reste trop timide dans la résonance qu'il donne à ce vertige sur l'identité. La partie de squash traduit bien l'univers impitoyable du marché, et la vitre en plastique côté public - là où les balles viennent s'écraser - restitue le monde artificiel, chimérique de la chirurgie esthétique. Mais, dans leur jeu, les acteurs ne disent pas assez la faille qui s'ouvre sous leurs pieds. Procédant par flash, l'écriture de Marius Von Mayenburg est froide, sophistiquée. Un effet de lame glacée. A Vidy, la lame est émoussée.

Le Moche, jusqu'au 12 octobre, au Théâtre Vidy-Lausanne. Rés. 021/619 45 45, http://www.vidy.ch. 1h.