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Laurence Boissier signe des portraits attachants de personnalités un peu perdues.
© Corinne Stoll

Livres

Un livre de deuil où souffle le vent de la vie

Avec «Rentrée des classes», Laurence Boissier, Prix suisse de littérature, signe un premier roman réussi

En cette rentrée des classes, Mathilde est l’objet d’une attention dont elle se passerait bien alors qu’elle peine sur son tricot. Son père est porté disparu. Le navigateur gallois n’est pas revenu d’une sortie en mer. Et c’est tout l’équilibre familial qui vacille.

De ce récit de deuil qui est son premier roman, Laurence Boissier réussit à faire un livre vibrant de vie, par la grâce de cet humour retenu et implacable qui se manifestait déjà dans Inventaire des lieux (Prix suisse de littérature 2017).

Mathilde se réfugie dans son armoire, dans ses rituels, derrière les chiffres. Henry, son frère, s’entête dans son refus de l’école, protège sa sœur et sa mère Elise qui erre dans un état de sidération. Il faut pourtant tenter de vivre. D’ailleurs, le vent se lève – Joran ou bise noire –, il est un personnage à part entière et fait souffler l’air du large qui dissipe le malheur.

Au temps des Shadoks

La réalité s’impose. Elise doit retourner à son travail, au décadent Musée de la porcelaine et de l’argenterie, auprès de son patron, l’«effervescent» Hubert Vagnières et de l’imposante et efficace Madame Pons. Hubert Vagnières est un personnage particulièrement réussi, en incapable démuni devant le chagrin d’Elise comme devant celui de son épouse, en deuil de son cheval adoré.

Désuet, le musée périclite – et ce n’est pas l’incurie du directeur ni les idées incongrues d’Elise qui le sauveront. S’il y a un salut pour ces êtres à la dérive, il vient des femmes – Carmela, Chiara, Madame Pons –, femme de ménage, concierge, secrétaire, qui ont au réel le rapport pratique ou chaleureux qui manque au délicieux Hubert – en attente du «baiser de la vie» –, et aussi un peu aussi à la poétique Elise.

Ce beau récit est aussi un tableau des années 1970 au temps des Shadoks et une très jolie satire d’une aristocratie protégée de la rudesse du quotidien. Laurence Boissier réussit le tour de force de donner à chaque personnage sa voix propre. Comme dans ses interventions dans le groupe Bern ist überall, elle procède par petites phrases économes au lexique subtil, des constats qui font ressortir l’absurde, le tragique et le comique des situations.


Laurence Boissier, «La Rentrée des classes», art&fiction, 256 p.

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