C’est l’histoire d’un lapin en chocolat qui se suicide en découvrant dans quelles conditions il est né… «La vérité sur le chocolat suisse» est une séquence gore dans laquelle l’arme fatale est un sèche-cheveux; c’est aussi le thème de la nouvelle campagne de la Déclaration de Berne (DB), qui entend sensibiliser les consommateurs aux conditions de production de leur drogue douce, à la veille de l’overdose pascale cacaotée.

Le chocolat est une des denrées préférées des Suisses, une des plus appréciées à l’étranger, intimement associée à son image. Il est hélas souvent produit sans souci éthique, au mépris des droits des enfants et des travailleurs.

Quelques chiffres pour s’en convaincre. Un tiers du cacao mondial est produit en Côte d’Ivoire, 20% au Ghana; les plantations de ces deux pays font travailler quelque 530 000 enfants. La filière du cacao est particulièrement longue, complexe et opaque, mais on estime qu’au bout du compte, seuls 5 à 7% du prix d’une tablette reviennent au producteur.

C’est la troisième campagne de la DB sur ce thème et depuis 2009, hélas, seuls des progrès minuscules ont été enregistrés. Sur 19 entreprises contactées pour l’enquête, sept n’ont pas répondu. Une seule a affirmé pouvoir garantir à 100% la traçabilité de son cacao. Pour le reste, les contours d’une filière plutôt crapoteuse sont esquissés.

Un petit guide* évalue les entreprises en fonction de leur engagement social: pionnières, prudentes, indifférentes ou opaques et propose des conseils d’achat.

Les petites structures (Pronatec ou Halba) sont mieux notées que les grands groupes (Mondelez ex-Kraft Foods, Barry Callebaut, Nestlé et Lindt sont les cancres du classement).

Le fonctionnement de certains états, gangrenés par la corruption, pèse sur le marché. Un marché mondial dominé par quelques géants, où les rapports de pouvoir et de dépendance interdisent toute négociation: de fait, le prix réel du chocolat n’a cessé de baisser depuis les années 50, relèvent les auteurs.

Une pénurie en 2020

Expert international et ancien chercheur au Cirad, Michel Barel nuance l’enquête de la DB sur quelques points. «Vu de nos sociétés, le travail des enfants est évidemment condamnable. Pourtant, les conditions économiques sont telles qu’il est indispensable: le cacao est, à 95%, le fait de petites exploitations familiales où chacun doit œuvrer à la survie du groupe.» Autre menace, les conditions misérables des planteurs font que les cacaoyers sont mal entretenus, peu renouvelés, et entraînent l’exode des jeunes générations.

La crise des droits humains entraîne aussi une crise économique: la situation devrait se retourner contre les pays riches, gros mangeurs de cacao: une pénurie d’un million de tonnes est annoncée à l’horizon 2020.

Les consommateurs sont invités à manifester leur soutien à cette initiative en ajoutant un carré de chocolat virtuel à une immense tablette en cours de réalisation. Couronnement de cette campagne: une tablette géante sera coulée en chocolat équitable et solennellement remise à la pire entreprise.

* www.stop-bad-chocolate.ch