Une nouvelle affaire Thomas Hirschhorn? Disons que les premiers épisodes peuvent laisser augurer de débats autour des dépenses culturelles. Depuis samedi, l’artiste suisse Christoph Büchel, soutenu par Pro Helvetia, est l’hôte de la Sécession, à Vienne. Et depuis samedi le scandale explose: «Quand l’art et le kitsch copulent», titre le Kurier, quotidien de boulevard.

Invité pour une exposition intitulée «Espace pour la culture du sexe» (Raum für Sexkultur), Christoph Büchel a saisi la perche. Il a demandé à un club d’échangistes viennois «Element 6» de prendre place durant deux mois dans les caves de l’institution. La journée, le visiteur se balade dans un décor suggestif à souhait mais hors d’usage. Le soir, il peut se métamorphoser, comme désiré, en un spectateur actif et coopératif. Bref, il peut, contre frais d’entrée, participer aux joutes.

A 43 ans, Christoph Büchel aime le scandale. Le cultive. En a fait une part de sa création. Avec son art de mettre en scène le réel, le Bâlois appartient au Gotha des artistes contemporains suisses. Et lorsque son nom trouve place dans les médias, c’est souvent parce qu’il a dépassé certaines frontières. En 2007, il perd un procès qui l’oppose au musée du Massachusetts en raison d’une exposition dont la préparation a tardé. Cinq ans avant, sa proposition, faite avec Gianni Motti, de dissimuler dans le musée Helm­haus de Zurich un chèque de 50 000 francs correspondant au budget de l’exposition, pour récompenser le visiteur chanceux, convainc le maire de baisser le budget.

C’est désormais à Vienne que son nom et son art font scandale. Pour motiver sa création, le Bâlois, hermétique face à la presse, se contente de tendre un miroir au tollé suscité, en 1902, par la «Beethoven Fries» signée Gustav Klimt, aujourd’hui œuvre centrale de la Sécession. Quand elle ouvre à la fin du XIXe siècle, grâce à l’Association des artistes plasticiens d’Autriche, parmi lesquels Klimt, la Sécession s’affiche en rupture avec les artistes classiques. Sa motivation est la promotion des arts «contre les colporteurs qui se font passer pour des artistes et qui ont un intérêt commercial à ne pas laisser l’art s’épanouir».

Pro Helvetia convaincue

Aujourd’hui, en Autriche, des voix politiques dénoncent l’utilisation des rentrées fiscales pour pareille installation. Faux, rétorque la Sécession: cette installation est financée par le club d’échangiste lui-même. Or, parmi les soutiens de Christoph Büchel mentionnés sur le programme figure une institution helvétique: Pro Helvetia, dont le conseil de fondation a décidé de verser 15 000 francs. «Nous avons reçu un projet présenté dans sa globalité et pensé pour son inscription dans le lieu qui le reçoit. Orienté autour du thème de l’hygiène, il a convaincu par sa cohérence et sa pertinence», explique Pius Knüsel, directeur de la Fondation. Face aux réactions possibles, il se veut confiant: «Dans nos choix, nous ne voulons pas d’une prudence qui nuise à notre mission. Nous allons entendre des réactions. Mais ce projet n’insulte personne, n’agresse personne.» Précision apportée par Pius Knüsel: le projet n’indiquait pas que le club serait ouvert pour ses services habituels.