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Un mariage catastrophe à l’heure du lunch

Pour sa cinquième saison, Midi, théâtre! offre toute l’année un dîner-spectacle en plat du jour. «Pour le meilleur et pour le pire», menu de novembre, était à  Vevey, la semaine dernière, et partout en Suisse romande, dès mardi

Ils s’aiment à la ville depuis vingt ans et ont trois enfants. Voilà sans doute pourquoi Marie et Matthieu Sesseli sont si raccords et si drôles dans Pour le meilleur et pour le pire, récit d’un mariage catastrophe créé dans le cadre de Midi, théâtre! Midi, théâtre? C’est cette opération gourmande qui, depuis cinq ans, voit huit salles romandes produire chaque année sept dîners-spectacles joués à l’heure du lunch. Après Carcan, production de Sion qui a ouvert la saison, ces noces façon fiasco se sont données à Vevey, la semaine dernière, puis, dès mardi, seront à Yverdon, Bienne, Villars-sur-Glâne, Sion, Porrentruy, Delémont et Genève. De quoi allumer le mois de novembre du public romand.

Ce jour de première, au théâtre Le Reflet, on arrive en retard. A un mariage, franchement, ça ne se fait pas! Sauf que rien ne se passe comme prévu lors de cette cérémonie qui unit Matthieu et Marie. D’abord, me raconte-t-on, les amoureux pensaient forniquer tranquillement derrière la pièce montée lorsqu’ils ont réalisé que les invités étaient déjà arrivés… Oups, il a fallu aviser.

Ensuite, alors qu’on déguste un émincé-carottes vichy, le couple virevolte parmi les tables du banquet et débriefe pour le meilleur et pour le rire. Il y a là une convive inconnue des deux hôtes. Que faire? On la vire? Il y a aussi, à la table du fond, une drôle de vibration. C’est que Pierre qu’on croyait célibataire et qu’on avait promis à Christine est tout de même venu avec Aglaé… Christine renifle et ses voisins de tablée doivent la consoler. Tout cela, bien sûr, n’est que fiction, mais chaque spectateur se prête avec joie au rôle désigné.

Matthieu, nu dans un lac de Bavière

A la mousse au chocolat – le gâteau est un faux! –, le duo, hilarant dans sa robe meringue et son complet à pois, refait le chemin à l’envers. Leur rencontre, lors d’une soirée arrosée dont monsieur ne se souvient pas, surtout qu’il visait Nathalie aux yeux verts… La première dispute, pour une chope de bière. Madame veut jeter l’immonde objet, mais monsieur l’adule, parce qu’il lui rappelle l’épatante époque des potes. Et les anecdotes qui tuent. Comme ce moment humiliant où Matthieu, nu dans un lac de Bavière en hiver, s’est fait sauver d’une non-noyade par un chien trop zélé. Ces récits sont si croustillants qu’on les jurerait sortis de la réalité…

Mais le pire est encore à venir, car le couple a choisi le plus beau jour de sa vie pour un règlement de comptes vitriolé. Le toast, par exemple. Alors qu’il devrait jubiler, Matthieu reproche à sa belle de trop en faire et de trop en demander. Le discours se termine en duel, tango de la colère et nœud arraché. Le calme, après la tempête? Non, la volcanique Marie reprend le flambeau et livre un monologue vibrant sur les doubles injonctions faites aux femmes. «Etre originale, MAIS pas marginale. Etre mince, MAIS avoir des seins. Etre naturelle, MAIS sexy. Etre mature, MAIS rester jeune. Travailler, MAIS préparer des petits plats, etc., etc.» La liste est encore longue et le bilan diablement pertinent.

La tourmente, le chaos

Evidemment, avec un tel déballage, ça fait un petit moment que les invités se demandent si les mariés vont le rester, mariés. D’autant qu’au comble de l’exaspération, Marie vise encore Nathalie dans le public et la traite de «salope» devant toute l’assemblée. Précisons, pour les âmes sensibles, que c’est une complice qui joue ce rôle un peu exposé…

Bref, c’est la tourmente, le chaos et, parce que les auteurs sont fous d’Ecosse, pays rude et exigeant, la fin est happy, mais pas tant que cela… On applaudit l’écriture du couple, rapide, incisive, inspirée. Et on salue la direction d’acteurs de Fanny Pelichet: du tonique, pas forcément sympathique, donc parfaitement comique.

Seul bémol: le peu de réactions du public, mercredi. Est-ce parce que c’est midi que les gens semblent si endormis? «Non, répond l’attachée de presse Eliane Gervasoni. Parfois c’est le feu, parfois c’est plus froid. D’ailleurs, tous les Midi, théâtre! ne sont pas humoristiques. Certains sont plus poétiques, plus politiques. La seule contrainte, c’est d’intégrer un moment repas dans la représentation.»

La suite du menu

Que promet la suite du menu après ce mariage naufrage? Un top chef en musique en décembre, un hommage aux festins qui ont marqué l’humanité en janvier, une resucée de Pulp Fiction en février, un topo sur le frigo en mars et un péplum policier en mai. Tout cela partout en Suisse romande, puisque la diffusion est la base de cette sauce qui ne fait que monter. Opération à succès? Oui, pour une petite forme dont la jauge reste modeste. Chaque année, 3000 personnes, de Genève à Porrentruy, savourent ce lunch augmenté.


Midi, théâtre! Pour le meilleur et pour le pire, jusqu’au 22 novembre, partout en Suisse romande

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