Le trajet de Fortunato-Bartolomeo De Felice est emblématique de l'esprit des Lumières. Toute sa vie, il cherchera à diffuser des savoirs, à mettre en relation les aires culturelles de l'Europe, fidèle à la foi dans le progrès par la connaissance. Il naît à Rome en 1723. Elève des Jésuites, il se forme en philosophie et en mathématiques et embrasse une carrière religieuse. A Naples, il participe au renouveau universitaire éclairé et traduit Descartes. Une malheureuse affaire d'amour avec enlèvement l'oblige à quitter l'Eglise et à fuir l'Italie.

En 1757, il arrive à Berne où il fonde la Société typographique avec Vincenz-Bernhard von Tscharner et lance des périodiques culturels européens et crée un Café littéraire. Il se convertit au protestantisme. Naturalisé Suisse, il s'établit à Neuchâtel où il se marie avec Suzanne-Catherine Wavre dont il aura cinq enfants.

En 1762, il ouvre un pensionnat à Yverdon et fonde sa maison d'édition. «Je suis un grand contrefaiseur de livres», dit-il. En effet, le marché de la contrefaçon est lucratif, étant donné l'absence de droits d'auteur. De Felice lui-même écrit plusieurs essais de pédagogie. C'est alors qu'il établit le réseau de ses futurs collaborateurs. Dès 1770, il se consacre à la refonte de l'Encyclopédie française et à d'autres travaux d'érudition: Dictionnaire universel et raisonné de médecine, Tableau raisonné de l'histoire littéraire au XVIIIe siècle.

A partir de 1780, la situation économique de l'éditeur pédagogue se détériore. Il meurt en 1789, laissant sa troisième épouse et ses dix enfants dans de grandes difficultés économiques.