Comme avec tout bon livre, le lecteur a ici deux livres en un. Le premier est le livre qui raconte une histoire, le divertissement; le deuxième, c’est tout ce que l’on n’arrive pas à résumer et qui vous laisse en tête une foison d’impressions. L’histoire, donc: la Combe aux Aspics est un petit hameau à l’abandon perché dans les collines de Dalmatie où vit une tribu familiale patriarcale aux mœurs plutôt anarchisantes, le vieux Jozo Aspic et ses quatre fils, Domagoj, Krešimir et les jumeaux Branimir et Zvonimir, descendants de brigands et de contrebandiers. Ils ne jurent que par la polenta et ne reconnaissent que la force de leurs lois.

Un beau jour, le fils aîné, Kresimir, s’embarque à la recherche d’une épouse – en vérité, une jolie femme qu’il a connue quinze ans plus tôt – et quitte sa montagne pour descendre en ville, où il se heurtera au chef de la police Goran Ciboulette. Commence alors une comédie désopilante aux rebondissements loufoques et inattendus qui fait de Miracle à la Combe aux Aspics un classique du genre – une lecture que l’on ne lâche pas une fois entamée. Ce livre excellemment traduit par Marko Despot, éclectique Serbe helvétique, mérite que l’on cite le linguiste russe Mikhail Bakhtine: «Toute bonne traduction a deux auteurs, l’écrivain et son traducteur.»