L'art de la restauration fait parfois des miracles. Réputée irrémédiablement perdue depuis près de deux siècles, la Déposition de Croix de Daniele da Volterra, le disciple préféré et ami de Michel-Ange, a retrouvé ses couleurs et sa lisibilité jusque dans les moindres détails. Entré dans la petite histoire sous le pseudonyme peu flatteur de braghettone pour avoir accepté de cacher les parties honteuses des ignudi du Jugement dernier de Michel-Ange à la chapelle Sixtine, Daniele da Volterra vient peut-être de recouvrer dans l'histoire de l'art la place que lui vaut de son vivant cette fresque qu'il peint en 1545 pour la chapelle Orsini de l'église de la Trinité-des-Monts, à Rome.

Propriété des Pieux Etablissements de la France à Rome et à Lorette, la Trinità dei Monti, dont la façade domine la place d'Espagne, est, avec Saint-Pierre et le Colisée, l'une des icônes de la Ville éternelle. Immédiatement considérée comme un chef-d'œuvre, la Déposition de Daniele marque un tournant dans le maniérisme romain. Admirée par Barocci, Caravage, Poussin, Rubens, qui s'en inspirèrent, vantée par la littérature de voyage et étape obligatoire du Grand Tour, cette fresque était devenue pour ainsi dire illisible.

Un premier sauvetage bien intentionné mais malheureux

En 1800, la chapelle Orsini est détruite par l'écroulement de sa voûte, et l'on songe bien sûr à sauver la Déposition de Daniele. L'opération est confiée, en 1809, au restaurateur romain Pietro Palmaroli qui a l'idée de la détacher – une première – pour la transférer sur toile. Malheureusement, l'opération, pour méritoire qu'elle fût, se révélera désastreuse. Les substances utilisées pour détacher la fresque (de la colle) et la placer sur son nouveau support (du plâtre), ainsi que la restauration de la pellicule picturale, recouverte d'une épaisse couche de cire pour donner de l'éclat aux couleurs, ne feront que la détériorer.

Mais, sous le voile presque monochrome qui avait fini par offusquer la Déposition dont même le dessin était devenu confus et les personnages plutôt nombreux, presque indiscernables, les restaurateurs ont retrouvé la palette maniériste de Daniele da Volterra, avec ses roses, ses verts pâles, ses indigos, les mêmes pigments, a-

t-on pu établir, employés par Michel-Ange pour la voûte de la Sixtine, sauf, hélas, le lapis du manteau de la Vierge, perdu. On comprend mieux, aujourd'hui, pourquoi cette puissante synthèse de la monumentalité de Michel-Ange et de la grâce de Raphaël fit l'admiration des grands artistes du XVIIe siècle.