Primé dans la compétition officielle des œuvres en vidéo, Les yeux fermés, premier long métrage d'Olivier Py, aura divisé le public. Tourné avec une caméra numérique amateur, ce film suivant l'histoire d'amour de deux hommes errant dans les rues de Paris frappe par sa liberté et son lyrisme. Des qualités que les amateurs de théâtre prisent chez cet auteur majeur du nouveau théâtre français. Directeur du Centre dramatique national d'Orléans, Olivier Py a multiplié les créations marquantes. L'homme a notamment mis en scène l'an passé Requiem pour Srebrenica, pour garder une trace des événements tragiques de cette ville martyre.

Un film brûlant

Les yeux fermés confirme le souffle poétique du Français. C'est un film brûlant et audacieux. Audace du traitement filmique, mélange fluide de road movie urbain, de scènes théâtrales et de tableaux quasi impressionnistes, autant de langages qui collent aux sentiments des personnages. Audace et surtout inspiration dans l'intrigue ténue mais bouleversante: c'est l'histoire banale d'un homme libre et mystique qui veut balayer les fantômes qui hantent la vie de l'homme aimé. Un être hanté par la mort d'un père pilote lors d'un crash, un être dont la profession (il décrypte les boîtes noires des catastrophes aériennes) nourrit plus encore la profonde mélancolie.

Au gré des nuits sur les boulevards, les deux hommes révèlent leurs faiblesses, incapables de partager leur amour. Film cru et direct (Olivier Py n'hésite pas à montrer des scènes de sexe dures mais profondément vraies), Les yeux fermés chante le miracle de la rencontre, l'éveil à soi à travers l'autre, le bonheur d'être vrai. C'est un film de foi qui célèbre la parole. Une révélation donc.