Beaux-arts

Un Modigliani censuré par Facebook

La page officielle de la Fondation de l’Hermitage s’est vu retirer une courte vidéo didactique présentant un «Nu couché» du peintre italien

Mise à jour, jeudi 8 juin à 18h: La vidéo incriminée est réapparue sur le site de la Fondation de l'Hermitage. Malgré plusieurs demandes d'explications depuis sa suppression, l'institution lausannoise n'a reçu aucune réponse de la part de Facebook.


«Une femme étendue, qui nous regarde. Elle est nue, elle tient ses bras derrière la tête. Son visage est comme un masque. Sa peau irradie de lumière.» La Fondation de l’Hermitage, à Lausanne, est en train de produire une série de vingt courtes capsules vidéo accompagnant chacune une toile visible dans le cadre de l’exposition Chefs-d’œuvre de la collection Bührle, qui voit Manet et Cézanne côtoyer Van Gogh et Monet. La septième capsule, mise en ligne il y a quelques jours, présente un Nu couché de Modigliani. En une minute, on appréhende l’œuvre tout en apprenant qu’elle fait partie d’une trentaine de nus peints par l’artiste toscan à partir de 1916, et qui ont fait scandale dès leur première exposition, entraînant une intervention policière.

Un siècle plus tard, c’est au tour de Facebook de s’illustrer et de censurer l’œuvre de Modigliani. La vidéo didactique du musée lausannois reste par contre disponible sur la plateforme YouTube. Ironie du sort, son commentaire se conclut ainsi: «La charge érotique de ces nus est telle qu’ils sont aujourd’hui encore parfois censurés.» Responsable marketing et communication de l’Hermitage, Phil Mundwiller relève que l’an dernier encore, suite à une vente record d’un Nu couché pour la coquette somme de 170,4 millions de dollars, plusieurs médias anglo-saxons avaient flouté tant la poitrine que le sexe du modèle, par peur de heurter la sensibilité d’une partie de leur lectorat.

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Cette nouvelle censure du puissant réseau social, qui par le passé avait visé la fameuse Origine du monde de Courbet (1866) ou encore la pochette de l’iconique album Nevermind de Nirvana, semble d’autant plus absurde que Facebook précise dans ses «standards de la communauté», comme nous l’a signalé un lecteur, que sont autorisées «les photos de peintures, sculptures et autres œuvres d’art illustrant des personnages nus». La suppression de la vidéo pourrait donc être le fait d’un algorithme défaillant. Et pendant ce temps, le refrain est tristement connu, le Net regorge des pires horreurs…

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