Le fait de sortir déçu du cinéma ne signifie pas toujours que le film soit mauvais. Dans le cas de Pay It Forward, la raison est claire: si la fin paraît aussi ratée, c'est bien parce que le début était prometteur et qu'on s'est laissé prendre par la dynamique du récit. Serait-ce dû à la nature même du sujet, l'altruisme?

Lorsqu'un journaliste de Los Angeles se voit offrir une Jaguar par un inconnu pour le dépanner, il se dit que c'est louche et mène l'enquête. Tout a commencé quatre mois plus tôt à Las Vegas, lorsqu'un garçon nommé Trevor a trouvé «une idée pour changer le monde», comme l'a demandé son nouveau professeur d'éducation civique: si l'on rendait trois services importants en demandant à chaque bénéficiaire d'en faire à son tour de même, le monde n'en serait-il pas affecté positivement? Les problèmes surgissent bien sûr au moment de la mise en pratique, surtout lorsque Trevor choisit de réunir ledit professeur Simonet, dont le visage porte la marque de graves brûlures, et sa mère, serveuse dans une boîte de nuit «topless»…

Comme dans un film de Capra

C'est ça la force du cinéma américain: oser resservir des idées qui feraient sourire avec condescendance n'importe quel intellectuel européen. Plus habiles que prévu, Mimi Leder (protégée de Spielberg et responsable des déplorables The Peacemaker et Deep Impact) et la scénariste Leslie Dixon (qui adapte un roman signé Catherine Ryan Hyde) déjouent les premiers pièges. La narration à double entrée rend compte sans trop s'appesantir du potentiel de l'idée, tandis que l'analogie avec certaines sectes et stratégies commerciales n'est pas ignorée. Dès lors, on est prêt à se laisser manipuler au même titre que dans un film de Frank Capra (comme Meet John Doe, qui retrace l'extension d'un mouvement populiste).

Toute la difficulté de faire le bonheur de quelqu'un apparaît dans la romance hésitante entre Kevin Spacey et Helen Hunt, tous deux extrêmement attachants. Entre eux, le petit Haley Joel Osment confirme que sa prestation étonnante dans Sixième sens ne devait rien au hasard. Enfin, Las Vegas abordée pour une fois côté coulisses s'avère le lieu idéal pour rêver d'un monde meilleur. Qui d'autre habiterait là que des laissés-pour-compte du rêve américain? On regrettera d'autant plus le retour en force du scénario, qui finit par opter pour le pathos et empiler les couches d'une démonstration qui en perd tout crédit.

Un monde meilleur (Pay It Forward), de Mimi Leder (USA 2000), avec Kevin Spacey et Helen Hunt.