Tout Glenn Gould (1932-1982) est là: le fameux «toucher détaché» qui l’a rendu rendu célèbre. Ce toucher détaché n’est pas simplement une succession de notes isolées. C’est une manière d’innerver la structure musicale pour la rendre audible à l’oreille. Au-delà des notes détachées, Gould esquisse des lignes mélodiques. On pourrait le comparer à un peintre pointilliste. Le tempo est assez rapide, le discours va de l’avant. Gould savait aussi utiliser merveilleusement le legato (l’art de lier les notes); il serait donc terriblement réducteur de le confiner à ce seul toucher détaché. > Ecoutez un extrait. Bach: Suites anglaises Nos 1, 2 et 3, volume 1. Glenn Gould (piano). Sony Music.

A l’inverse, Murray Perahia (né en 1947) développe un jeu tout en contours. Le tempo est nettement plus mesuré. Le pianiste américain n’est pas pressé d’avancer. Il épouse les courbes harmoniques de la pièce. Il colore chaque modulation, descend palier par palier vers le grave du clavier. Il se dégage une forme de nostalgie de son interprétation. Ce piano-là tire vers le romantisme (sans les excès qui le rendrait caduc) et s’assume pleinement sans vouloir imiter le clavecin. > Ecoutez un extrait. Bach: Suites anglaises Nos 1, 3 & 6. Murray Perahia (piano). Sony Music.

Friedrich Gulda (1930-2000) était un formidable rythmicien. Féru de jazz, lui-même compositeur, le pianiste viennois se situe à mi-chemin entre Gould et Perahia, dans la mesure où il mêle legato et staccato (toucher détaché). Son approche est toutefois très différente. Les lignes sont admirablement dessinées. Il donne à entendre la trajectoire harmonique dans la main gauche. Gulda prend des libertés dans la main droite: il détache les notes par instants, les lie par groupes de deux. Le discours est à la fois tenu et souple. > Ecoutez un extrait. Gulda plays Bach. Friedrich Gulda (piano). Deustche Grammophon/Universal.

Sviatoslav Richter (1915-1997) est ici capté à la fin de sa vie, en 1991. Le pianiste russe préconisait une approche très sobre, proche de la neutralité. Il avait l’habitude de jouer sur des pianos Yamaha dont la sonorité est moins flatteuse que celle des Steinway. Il refusait tout étalage décoratif des couleurs. Dans cet extrait (et malgré la pédale un peu brouillée), il y a un naturel et une volonté d’aller droit à l’essentiel qui rendent à cette musique sa simplicité première. > Ecoutez un extrait. Richter plays Bach. Sviatoslav Richter (piano). 4 CD Stradivarius/Musicora.