Un Mozart trop parfait

Rafal Blechacz a joué le «23e Concerto en la majeur», jeudi soir au Victoria Hall de Genève

Parfait, irréprochable. Que dire de plus, sinon qu’on s’est un peu ennuyé durant le 23e Concerto pour piano en la majeur de Mozart qu’a joué Rafal Blechacz, jeudi soir au Victoria Hall de Genève? Tout y était, la beauté des sonorités, l’égalité du toucher, les phrases bien construites, mais l’étincelle créatrice qui sert le génie mozartien n’était pas au rendez-vous.

A bientôt 30 ans, Rafal Blechacz figure parmi les pianistes les plus en vue de la jeune génération. En l’écoutant, on mesure à quel point un beau pianisme, au classicisme souverain, presque atemporel, passe à côté des ruptures de ton propres à la théâtralité mozartienne. Le dialogue avec les bois (placés à proximité du clavier) n’est pas assez animé pour pénétrer au cœur de la tragédie sourde qui sous-tend le sublime «Adagio». De la belle ouvrage, mais une interprétation trop lisse et prévisible.

Le pianiste polonais a paru plus à l’aise dans la Valse en ut dièse mineur Opus 64 No 2 et le Prélude Opus 28 No 7 de Chopin, offerts en bis, où l’éloquence du piano se suffit à elle-même.

Dirigeant du premier violon l’Amsterdam Sinfonietta, Candida Thompson ne manque pas de tempérament. Hélas, elle confond énergie et expressivité. Il y a quelque chose d’un peu surexcité dans sa façon d’emmener les musiciens (au demeurant de bon niveau). On relève d’ailleurs certains décalages au sein des pupitres. La suite pour cordes Pelimannit de Rautavaara – aux dissonances ludiques – produit son effet. Quant au Quatuor No 1 en sol mineur de Grieg dans sa version pour orchestre à cordes, les élans d’adrénaline qu’y imprime Candida Thompson ne suffisent pas à masquer certaines faiblesses d’écriture dans cette œuvre. On préfère la sobriété conférée à l’émouvante Valse triste de Sibelius, jouée en bis.