Musée de Pully: le tableau d'accueil, au débouché de la première volée d'escaliers, est le portrait de Ramuz par Gino Severini. Tout un symbole. L'écrivain vaudois a vécu et travaillé à Pully dans la maison La Muette, contiguë au musée, de 1930 à 1947. Quant au peintre et écrivain italien, il est passé par Lausanne, lorsque dans la seconde partie de sa carrière il réalise plusieurs œuvres décoratives, souvent à caractère religieux. Dans la foulée, l'artiste international a rendu hommage au génie du lieu. Là réside toute la portée de ces accrochages d'été des petits musées régionaux: montrer comment leur collection est riche d'échos lointains, comment des créateurs du coin se sont frottés au grand art.

L'aperçu donné par le Musée de Pully est à plusieurs facettes. Autour de Charles-Ferdinand Ramuz, sont présentées différentes interprétations de son Chant de notre Rhône, illustrées par Pietro Sarto et par Catherine Bolle. Deux graveurs, deux générations, deux styles. Paysager, pour le maître de l'atelier de Saint-Prex, mais comme observé d'en haut par l'œil d'un rapace. Plus elliptique, chez Catherine Bolle, née en 1956, qui rend le souffle du poème en gestes enlevés mais avec des notations colorées restreintes.

La sélection montre ainsi des regards de différentes époques. Depuis qu'en 1948, la commune de Pully offrait au musée ses premières œuvres. Durant les cinquante années écoulées, dons et achats ont enrichi cette collection représentative de près d'un siècle d'art à Pully et dans la région. Les artistes retenus pour en témoigner ont signé Marius Borgeaud, Raoul Domenjoz, Violette Milliquet, Jaques Berger, Gilbert Reinhardt.

L'accent principal est mis sur Marius Borgeaud (1861-1924), «poète de la lumière et magicien de la couleur», qui occupe à lui seul les trois petites salles du deuxième étage. Un coup de chapeau au monsieur en chapeau et fine moustache grise, qui vous dévisage dans son autoportrait de 1917. Il s'est représenté tiré à quatre épingles, mais sa vie, de 1883 à 1900, entre Monte-Carlo, Marseille et Alger fut aventureuse. Et quand, en 1900, il s'installe à Paris pour se consacrer désormais à la peinture, c'est qu'il a dilapidé la totalité de son important héritage. Sa nouvelle vocation l'amène à fréquenter Camille Pissarro, Francis Picabia, puis Félix Vallotton lorsqu'il revient à Lausanne. Quelques années avant de mourir à Paris, il deviendra encore l'ami de Steinlen et Vlaminck. Ses tâtonnements initiaux sont éclairés par les Impressionnistes et des voyages en Afrique du Nord et en Espagne. La maturité et un style dépouillé s'installent avec les séjours en Bretagne. Ses intérieurs campagnards, ses mairies, ses auberges fleurent même un certain archaïsme. Mais dans un Intérieur parisien (1919) plane la sophistication des mystères à la Vallotton.

Le Métro (1949) et Jardin à Canning Place (1960) évoquent les séjours parisiens et londoniens de Raoul Domenjoz (1896-1978). Tandis qu'un paravent orné et un Arlequin (1949) font référence à sa carrière locale. Plusieurs commandes d'œuvres publiques lui furent passées et l'artiste fut proche de familiers des tréteaux, comme Gilles et Samuel Chevalier. Autre artiste originaire de Pully, mais qui a su aussi se nourrir de visions d'ailleurs: Violette Milliquet (1896-1982). Une toile, Le Golfe (1950), fait penser aux mises en page dépouillées d'un Raoul Dufy. Sinon, on sent une volonté très cézanienne de maîtriser la construction du sujet. Comme dans ce Bord du Léman (1938) où les arbres semblent de la main même du maître provençal. Pour le reste: le défaut parfois de la sécheresse, tempéré par l'atmosphère de recueillement que ces compositions dégagent.

La facette la plus contemporaine est représentée par Jaques Berger (1902-1977) et Gilbert Reinhardt (1938-1997). Et chacun l'est par de beaux ensembles de lithographies. Berger, dans ses Planches libres de 1973-75 et ses Suites sur pierre II (1972-76) et IV (1972-76) – ces dernières appartenant aux «miniatures» – fait montre d'une écriture très orientale. Les figures s'y ébrouent en idéogrammes brossés en touches dynamiques. Quant à Reinhardt, une place de choix a été accordée à ses écritures fantomatiques qui disent combien la vie est une aventure éphémère et dramatique.

L'ensemble livre une image sans prétention de ce que peut apporter un musée régional. Une image en mouvement, qui répercute les soubresauts du monde de l'art, lus sur les sismographes du coin. Mais on le sait, les répliques locales peuvent atteindre des amplitudes ravageuses.

Collections. Musée de Pully (chemin Davel 2, tél. 021/729 55 81). Ma-di 14-18h. Jusqu'au 25 octobre.