Mardi, la Fondation pour l'agrandissement du Musée d'art et d'histoire de Genève lançait, lors d'une soirée portes ouvertes au MAH, une souscription populaire. Quelque 15 millions de francs restent à trouver pour atteindre les 40millions que doit apporter le privé dans le projet de réaménagement, d'une part, et d'extension du bâtiment, d'autre part. Patrice Mugny parlait avec un brin de provocation de Grand Soir! Le conseiller administratif vert en charge de la Culture pour la Ville de Genève ne souhaitait pas révolutionner le MAH mais qu'au-delà d'un cercle de personnes qui ont des moyens et qui se sentent des responsabilités envers la Cité, beaucoup donnent un peu, signifiant à l'ensemble de la population leur engouement pour l'agrandissement du musée.

Ce soir-là, le personnel du MAH accueillait les visiteurs en canotier. On plongeait ainsi dans les origines du bâtiment, inauguré en 1910, alors même qu'il s'agissait de son avenir. Et d'un agrandissement plutôt futuriste. Une structure de verre et de métal remplirait la cour. Jean Nouvel a d'ailleurs signé un cube tout de transparence, à l'image de son projet, offert aux donateurs, dès 50 francs. Ce fil tendu entre les charmes d'antan et les possibles lumières de l'avenir n'était pas fortuit. Entre le canotier et le cube de verre, il y a bien une continuité. Le MAH n'aurait pas vu le jour sans les privés. Et aujourd'hui, il a besoin d'eux pour grandir.

C'est l'Exposition nationale de 1896 qui fait prendre conscience aux Genevois de la richesse des collections locales, rappelle Cäsar Menz, directeur du MAH. Elle vient clore un siècle très riche. A commencer, en 1801, par le don que fait le Directoire à Genève, annexée au territoire français en 1798: 42 tableaux du Louvre, du Tintoret à Rubens! Les toiles sont jugées trop religieuses pour la Cité de Calvin, ou trop chères à restaurer et seules 21 seront finalement acceptées...

Autre date phare: 1826. Le Musée Rath, construit grâce à la donation des sœurs du même nom, voit le jour, à l'initiative de la Société des arts, pour abriter des collections de plus en plus importantes. Mais dans les décennies suivantes, cela continue, avec notamment le don de deux collections majeures, celle de Walter Fol, avec ses antiquités acquises en Italie mais aussi ses peintures Renaissance, et celle de Gustave Revillod, offerte avec le palais néobaroque qui est aujourd'hui le Musée de l'Ariana.

Dès 1897, donc, la bataille est lancée par une Société auxiliaire des beaux-arts. Elle aboutira, après concours, au bâtiment actuel, construit aussi grâce au legs de Charles Galland, président de la Bourse de Genève.

Très vite, le MAH est à l'étroit, des annexes voient le jour un peu partout. Il faut dire que les donations n'ont jamais cessé, qu'il s'agisse de beaux-arts ou d'archéologie. Des donations de pièces, mais aussi des soutiens pour son atelier de restauration, pour des expositions, ou des publications. «Cette année, j'ai pu trouver 700000 francs pour compléter un budget de 1,8 million pour le programme d'exposition», résume Cäsar Menz.

Dans ce contexte, la rencontre nocturne relatée par Renaud Gautier, président de la Fondation pour l'agrandissement du Musée d'art et d'histoire lors de la soirée de mardi semble moins étonnante. Ce serait sur un coin de trottoir il y a environ deux ans que le député libéral aurait rapidement convaincu Patrice Mugny de relancer le Conseil municipal de la Ville de Genève pour le projet de réaménagement du MAH, estimé à 40 millions de francs, si une Fondation se chargeait de trouver de son côté la même somme, destinée à réaliser le projet Nouvel, dans les tiroirs depuis 1998.

Cette division assez simple a été acceptée en février 2007 par le Municipal. La Fondation pour l'agrandissement du MAH, où figurent des représentants de différents courants politiques, était déjà en place pour accomplir sa tâche. Depuis, elle a récolté des engagements pour environ 25 millions de francs. Plusieurs fondations promettent des sommes comportant six zéros, souffle Renaud Gautier. Les milieux horlogers seraient particulièrement approchés, le rapatriement du Musée de l'horlogerie dans le MAH étant envisagé.

Pour l'aspect plus populaire, parmi les quelque 1300 visiteurs de la soirée de mardi, seuls quelques dizaines sont reparties avec un cube de Jean Nouvel sous le bras. Mais beaucoup ont pris un bulletin de versement, assuraient les membres de la Fondation en fin de soirée. Les 15 millions de francs manquants devraient être réunis d'ici à fin octobre.