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Fief municipal historique, le Grand Théâtre pourrait devenir à terme cantonal. «Ce serait logique, vu les moyens nécessaires au rayonnement de ce genre de maison», dit Françoise Longchamp.

Genève 

Un nouveau pacte pour la culture à Genève

Ville et canton se répartissent les institutions culturelles. Pour les uns, l'accord est historique, pour les autres, il est le fruit de la précipitation

Un accord historique pour les uns, un pacte bâclé pour les autres. Ce jeudi à la salle des Fiefs, à l’Hôtel de Ville, les mines sont sénatoriales. Voyez le président du Conseil d’Etat François Longchamp fidèle à son élégance romaine. A sa droite, la conseillère d’Etat chargée de l’Instruction publique et de la culture Anne Emery-Torracinta. A sa gauche, la maire de Genève Esther Alder et le conseiller administratif Sami Kanaan. Dans leur bouche, un même message: la déclaration conjointe qu’ils viennent de signer sur la répartition des tâches en matière de culture entre Ville et canton marque un cap.

Kamasutra juridique

Mais de quelle formule magique parle-t-on? D’un dispositif qui clarifie les rôles entre instances subventionnantes. Jusqu’à présent, la plupart des institutions bénéficiaient d’un double soutien, Ville et canton. Beaucoup de professionnels se félicitaient de cette dyarchie, de sa vertu dialectique. Mais cet attelage a vécu. Dès 2017, canton et Ville ne se partageront plus leurs protégés, au nom d’un principe, celui du désenchevêtrement. Fini le kamasutra juridique. La clarté du géomètre triomphe désormais.

En clair, qu’est-ce que cela induit pour des maisons et des manifestations co-soutenues? Un changement de régime effectif dès 2017, dans le cadre de l’application de la loi sur la répartition des tâches communes-canton (LRT). A partir de cette date, l’Ensemble Contrechamps, le Théâtre de l’Usine, l’Association pour la danse contemporaine, le Théâtre Am Stram Gram et une vingtaine d’autres enseignes cataloguées «intermédiaires» ne seront plus subventionnées que par la Ville. François Longchamp justifie ainsi cette rationalisation: «Le système de tutelle partagée menace les institutions. Un parlement peut estimer que telle maison n’est plus son affaire, puisqu’elle est aussi soutenue par un autre. Il s’agit de responsabiliser les conseils législatifs.»

Dans ce grand troc entre Ville et Etat, des domaines changent de mains: la politique du livre devient l’apanage du canton, même si un certain nombre de prix resteront cofinancés. Et le Grand Théâtre? Et l’OSR? Et la Nouvelle Comédie? Ces vaisseaux sont censés, d’après la nouvelle loi sur la culture votée en juillet 2013, bénéficier du soutien du canton en tant qu’institution d’intérêt stratégique. Sauf que leur sort diffère. Fleuron de la culture municipale, l’Opéra pourrait à terme devenir cantonal. «Ce serait logique, explique François Longchamp. Une telle machine a besoin de moyens qu’une ville ne saurait assumer seule.» Mais pour le moment, il n’est question que d’une réflexion sur sa gouvernance et d’une montée en puissance progressive de l’Etat. La prudence est de mise: une partie du personnel est municipal. Même logique des petits pas pour l’OSR.

Le Grand Théâtre, monnaie d'échange?

Reste la Nouvelle Comédie, objet de toutes les passions de la République. Le Conseil municipal votait au printemps un crédit de construction de 53 millions. Le Grand Conseil devrait apporter sa part en décembre, 45 millions. Sauf que sa commission de travaux a rendu en octobre un préavis négatif. Dans les arguments avancés, cette inquiétude: que le canton se retrouve à cofinancer le fonctionnement de la future maison. La déclaration du 18 novembre est de nature à éteindre ce feu: c’est la Ville qui maternera la Nouvelle Comédie. A condition que le Grand Conseil – et le PLR notamment, sur qui tout repose – vote le crédit de 45 millions. Le Grand Théâtre sert-il alors de monnaie d’échange, style: «Je te donne le Grand Théâtre, tu me votes ma Nouvelle Comédie»?

Du côté de Sami Kanaan, pas de doute, cet accord est bon. Christine Ferrier, présidente du Rassemblement des artistes et des acteurs culturels (RAAC), le conteste. «Cette clarification est une énorme déception. D’abord parce qu’elle est contraire à l’esprit de la nouvelle loi sur la culture, qui prévoit la collaboration entre le canton et la Ville sur les institutions dites d’intérêt stratégique. Or, c’est au contraire que l’on assiste. Par ailleurs, la nouvelle loi prévoit l’instauration d’un Conseil consultatif de la culture pour conseiller les autorités sur les orientations de leurs politiques culturelles. Or, ce conseil sera réuni pour la première fois en janvier, juste après que des décisions majeures auront été prises, qui marqueront le paysage des vingt prochaines années. Et que dire de la répartition des institutions si ce n’est qu’elle relève d’un saucissonnage incohérent? Le Musée d’art et d’histoire, qui est à l’évidence une institution stratégique, reste municipal. Mais la Fondation Bodmer, elle, devrait revenir au canton.»

Même réserve chez Claude Ratzé, le patron de l’Association pour la danse contemporaine: «Cela donne un sentiment de précipitation. La semaine passée, le canton nous signifie qu’il va baisser son aide de 5% d’ici à 2018. Aujourd’hui, on apprend qu’il ne sera plus notre interlocuteur. On s’attendait à une vision pour Genève et toutes ses communes. Or il n’est question que de la Ville et du canton.» Salle des Fiefs, on a pourtant l’impression d’avoir fait un grand pas. Vers la Nouvelle Comédie peut-être. n 

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