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Un nouveau théâtre pour Béjart

Lausanne a désormais un lieu consacré au chorégraphe

D’un bleu perçant, le regard du chorégraphe nous fait face dès l’entrée. Une invitation à pénétrer son univers. Inauguré mercredi, l’Espace Maurice Béjart, à la Collection suisse de la danse (CSD) à Lausanne, est «un moyen d’ancrer l’artiste dans sa ville de ­manière permanente», s’enthousiasme Jean-Pierre Pastori, commissaire de l’exposition et président de la Fondation Béjart Ballet depuis 2012.

Politiques, photographes, dan­seurs et danseuses étaient présents pour découvrir serrés les uns et les autres photographies, textes, ouvrages, vidéos et objets. «Cet espace est un mais multiple», résume le président du BBL. Un patrimoine riche, issu de la Collection suisse de la danse, dirigée par Eve Bhend et Selina Von Schack.

Les photos originales ont demandé une bonne part du travail. Ce sont surtout elles, les images, qui frappent d’emblée le visiteur. Réparties en cinq thématiques (biographie, œuvre, Lausanne, proches et influence), les photos sont toutes des tirages d’après originaux. Initialement, les textes du commissaire devaient les accompagner. Par manque de place, ils figurent finalement dans le catalogue de l’exposition.

Une photographie de Symphonie pour un homme seul datant de 1955 ouvre la frise chronologique de la partie «œuvre». Figé dans les airs, torse nu, Béjart a 28 ans. «Ce ballet, disait-il, est d’un genre tout à fait nouveau» se rapprochant d’une «vérité charnelle, du plaisir, de l’angoisse de la joie, du profil de la mort». Un pas en avant et déjà le Boléro en 1961 où Jorge Donn, son danseur fétiche, défie la gravité. Une capture couleur de Zarathoustra, le chant de la danse clôt le voyage et rappelle la passion de Béjart pour Nietzsche qui ne pouvait croire «qu’à un dieu qui saurait danser».

La Riponne, Salvador Dali, les chats

Face à l’œuvre, ses proches. Des noir blanc de Jorge Donn, de Barbara, de Gil Roman son successeur et de Eiji Mihara son fils adoptif. Et puis vient Lausanne. «Maurice et Lausanne c’est une histoire d’amour qui ne s’est pas éteinte par-delà la disparition de l’artiste», témoigne Jean-Pierre Pastori. On a envie de dire simplement «Maurice» quand on le voit affairé à choisir son pain au marché de la Riponne, sous l’objectif de son ami Marcel Imsand.

On doit s’enfiler dans un menu couloir flanqué de cassettes VHS pour trouver la bibliothèque. Sur les ouvrages, les noms de Cocteau, de Stravinski, de Dali, de Serge Lifar et même la frimousse d’un chaton. Un minois qui connecte instantanément l’habitué du métro lausannois aux grandes photographies d’Imsand qui ornent l’arrêt Riponne-Maurice Béjart. Station qu’il aurait pu contempler depuis sa fenêtre.

Pour les plus curieux, le sous-sol offre encore de nombreux articles de presse, archives, programmes de spectacles, affiches et vidéos à consulter gratuitement. «Il fallait un lieu dans lequel le public qui s’intéresse à Béjart puisse venir pour apprendre», termine le commissaire de l’exposition. Un lieu sur lequel il lorgnait depuis quelque temps. Un souhait enfin réalisé, grâce également au soutien de la ville dont Béjart était le bourgeois d’honneur depuis 1996 et dans laquelle il a fermé les yeux en 2007.

Espace Maurice Béjart. Avenue de Villamont 4, Lausanne. www.collectiondeladanse.ch

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