Expositions

Un nouvel écrin suisse en plein Manhattan

Le Swiss Institute, centre d’art contemporain à New York, inaugure de nouveaux locaux en plein East Village. Et poursuit sa mue

«Regardez cette vue sur le Chrysler Building!» Sur le toit des nouveaux locaux du Swiss Institute, en plein East Village, à Manhattan, la vue est effectivement belle. Au numéro 38 de St. Mark's Place, le jour de notre visite, des ouvriers étaient encore affairés à percer, peindre, poncer et déplacer de lourdes échelles. Mais une équipe de jeunes enthousiastes, dont Kristen Wawruck, la directrice adjointe du centre d’art contemporain, nous détaille, au milieu de la poussière, à quoi ce nouvel écrin ressemblera. Il sera inauguré ce vendredi 22 juin.

Près de 1000 artistes exposés

Fondé en 1986 par des artistes suisses expatriés à New York, le Swiss Institute est devenu très new-yorkais et cosmopolite, sans rien renier de ses racines suisses. Il se décrit comme une institution indépendante d’art contemporain à but non lucratif, «dédié à la promotion de l’art avant-gardiste et expérimental». Il vise notamment la promotion d’artistes émergents et propose dix expositions annuelles. L’entrée est gratuite, et le public aura de quoi goûter aux domaines des arts visuels et du spectacle, du design et de l’architecture. Beaucoup d’artistes suisses, comme John Armleder, Meret Oppenheim – une de ses fontaines ornera le toit – ou Pamela Rosenkranz, seront à l’honneur, bien sûr, mais pas seulement. En plus de trente ans, le centre a exposé près de 1000 artistes provenant d’une cinquantaine de pays.

Derrière ce centre d’art se trouve la philanthrope Maja Hoffmann, présidente du conseil d’administration, qui vient régulièrement à New York. Mais il est dirigé par le Français Simon Castets. Question financement, le Swiss Institute reçoit notamment des fonds publics de Pro Helvetia ainsi que de l’Etat et de la ville de New York, alors que les fonds privés représentent près de 80% du budget annuel. Parmi ses principaux sponsors figurent la Fondation LUMA, présidée par Maja Hoffmann, la Fondation Andy Warhol pour les arts visuels ou encore la Fondation Graham. Chaque année, une soirée regroupant tout ce que New York compte de passionnés d’art, ainsi que les fidèles soutiens de l’institut, permet de récolter des fonds importants via une vente aux enchères. «Nous tenons à rester gratuits pour le public, cela fait partie de notre philosophie», commente Kristen Wawruck.

Dans une ancienne banque

C’est dans une ancienne banque que le Swiss Institute est désormais hébergé, réparti sur quatre niveaux, sur une surface totale de près de 700 mètres carrés. Le bureau Selldorf Architects a été chargé de transformer les lieux. Le centre d’art a dû déménager parce que son bail prenait fin, et c’est près d’une centaine d’emplacements que Simon Castets a dû étudier, avant de trouver la perle. Pour la première fois depuis 1986, le centre a pu conclure un bail sur le long terme et bénéficier d’un local significatif sur le plan architectural. Il compte donc bien faire son nid de façon durable à East Village, un quartier historique marqué par les flux migratoires qui recense de nombreuses institutions d’art.

La signalisation et l’orientation visuelle des lieux ont été confiées aux étudiants de la HEAD (Haute Ecole d’art et de design de Genève). Ce qu’il y aura de nouveau? «Avec sa réouverture, le Swiss Institue amplifie fortement son offre pédagogique et propose un programme éducatif robuste développé en partenariat avec des associations locales», précise Simon Castets, entre deux voyages. «Nous avons à cœur de créer davantage de points d’entrée vers le travail des artistes et d’accueillir un public plus nombreux tout en maintenant une ligne curatoriale prospective.»

Modèle hybride

Le jeune directeur se réjouit tout particulièrement d’ouvrir un lieu public «créé non seulement pour les artistes, mais par les artistes». Il assure que son centre poursuivra sa mue tout en restant fidèle à sa philosophie de départ: «Depuis ses débuts, le Swiss Institute a affirmé une identité cosmopolite à partir de racines suisses: c’est ce modèle hybride qui fait la force et la pertinence de notre centre à New York, ville multiculturelle par excellence.»

Lire aussi: Le visage cosmopolite du Swiss Institute

Ses concepteurs ont pensé à tout: vu du ciel, le Swiss Institute sera facilement reconnaissable. Grâce à un immense cœur – une sculpture en bois de Valentin Carron version dance floor – qui occupera une bonne partie du toit.

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