Scène

Un one-man-show qui repose sur l'absurde d'un geste répété

Plutôt que des répliques qui fusent et frappent, l'acteur tisse une proposition minimale qui, à travers peu de texte, mais beaucoup de blocages, raconte l'humain dans ses dérapages

David Gobet est un acteur raffiné et obstiné. Qui peut passer cinq minutes à mimer le huilage d’une porte sans lasser. C’était le cas dans «L’âne et le ruisseau», pièce de Marivaux applaudie en mai dernier (LT, 14.05.2015). Affectionnant le langage du corps, ce comédien genevois ne craint pas les séquences de longue durée qui révèlent l’absurdité d’un geste répété. Un parti qu’on retrouve dans «Dis-lui bien que tu viens de ma part!», son premier exercice en solitaire à découvrir à l’Alchimic, à Genève.

One man show humoristique? Oui, mais pas au sens classique. Plutôt que des répliques qui fusent et frappent, l’acteur tisse une proposition minimale qui, à travers peu de texte, mais beaucoup de blocages, raconte l’humain dans ses dérapages. Le début, par exemple, quand l’artiste se saisit d’une guitare et joue le même accord pendant trois minutes. Une scie, mais avec tant de mimiques et de contorsions qu’on entend presque le reste de la partition. Ou ensuite, lorsque David Gobet part dans un délire sur la seule réplique: «T’as ça, là». Scepticisme, hilarité goguenarde, colère: la phrase unique se teinte d’une pluie d’humeurs avec gestuelle assortie. Le pari est périlleux, car on est habitué aux mots d’esprit. D’ailleurs, vendredi dernier, la salle a peu ri. Ce comique quasi-muet est un choix d’autant plus héroïque que David Gobet a beaucoup de complicité avec le texte. Il le prouve régulièrement en tant qu’acteur et, dans ce solo, il en témoigne lorsqu’il raconte les vicissitudes d’un comte décati.

Mauvaise option, alors, que ces sketches quasi-muets? Le problème réside plutôt dans le procédé imaginé pour enchaîner. Entre chaque numéro, David Gobet disparaît derrière un téléviseur et, filmé, apparait sur l’écran pour débriefer sur un ton vachard la séquence qu’il vient de réaliser. C’est ingénieux, le public adore, mais cette autocritique systématique casse le rythme et avorte le décollage. Le drôle n’a pas besoin de s’excuser, il peut oser la franche étrangeté.

Dis-lui bien que tu viens de ma part!, Alchimic, Genève, jusqu’au 12 nov. www.alchimic.ch

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