Opéra

Un opéra venu de l'oratorio

L'opéra est d’abord pensé comme une cantate, puis un oratorio, avant de devenir un ouvrage scénique

«Moses und Aron» est le quatrième et dernier opéra d’Arnold Schoenberg, après «Erwartung» (1909), «Die glückiche Hand» (1913) et «Von heute auf Morgen» (1929). Créé en 1932, l’ouvrage est composé dans le système dodécaphonique conçu par Schoenberg (séries de douze sons). L’opéra est d’abord pensé comme une cantate, puis un oratorio, avant de devenir un ouvrage scénique (les nombreuses et minutieuses didascalies de Schoenberg en témoignent). Le livret est écrit par le compositeur lui-même, dans l’esprit du Gesamtkunswerk, l’œuvre d’art totale.

D’une durée approximative de 100 minutes, «Moses und Aron» se découpe en trois actes, dont le texte du dernier n’a pas été mis en musique, et n’est généralement pas représenté. Le chœur du peuple occupe une part prédominante et la partition fait appel au Sprechgesang (chant parlé) pour Moïse, et au chant lyrique pour Aaron.

Arnold Schoenberg s’était converti au protestantisme à l’âge de 23 ans, avant de renouer en 1933 avec la religion juive. Dans son opéra philosophique, il traduit ses réflexions personnelles, politiques, religieuses et métaphysiques en s’appuyant sur la Bible. Moïse incarne la pensée divine. Mais il est incapable de la transmettre au peuple. Son frère Aaron est un bon communicateur. Mais il imagine des subterfuges (miracles, Veau d’or) pour rendre l’idée persuasive.

Entre ces deux visions du monde – la pensée radicale et sa représentation, c’est l’incompréhension et le conflit. Schoenberg s’inspire essentiellement de «L’Exode» et du «Livre des nombres», mais il les transforme pour se concentrer sur l’opposition entre les deux frères, qui symbolise le rapport contradictoire entre le verbe et l’image, la pensée et sa représentation, l’idéal et la réalité. Il soulève encore une interrogation éperdue sur l’interdiction de l’usage d’idoles par les Juifs pour illustrer l’esprit de Dieu. L’opéra s’achève sur le désespoir de Moïse. Le prophète se lamente: «Oh verbe, verbe, toi qui me manques!» Ce terrible aveu d’impuissance, lancé au monde en pleine catastrophe nazie, continue de résonner aujourd’hui de façon particulièrement intense.

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