C’est un petit sac feu follet qui a fait le printemps de l’orange. Vu dans la collection Céline, forcément, il se faufilait, l’automne passé, dans une forêt de beiges comme-il-faut et de bleus comme-il-se-doit. Un appel à la couleur, une invitation à un peu de désordre. O levez-vous, oranges désirés.

Six mois plus tard, c’est-à-dire à l’aube aux doigts d’orange de cette année 2011, c’est la couleur qui devrait flasher dans les vitrines des beaux jours à venir. D’abord parce que l’orange est un excellent moyen d’illuminer d’une énergie graphique et stricte cette mode printanière qui, si l’on en croit les podiums et les magazines, reste par ses coupes et ses silhouettes, très embourgeoisée, vaguement sévère, limite androgyne. Un zeste d’orange pour faire crisser les beiges et les blancs.

Cette couleur anti-crise grise, on la retrouve mise en vedette sur les blogs, les sites pointus et même dans les prédictions des maga­zines mainstream comme Marie-Claire. C’est dire.

Elle est née chez les deux marques qui ont produit les plus beaux défilés printaniers. Chez Jil Sander, où le designer Raf Simons a revisité certains codes couture (longues robes, grand mono-volant) en les coupant dans des matières techniques trempées dans une palette à la limite du fluo. Et chez Céline, donc, où ces jours-ci en boutique, l’orange tire sur un très beau vermeil ensoleillé qui va bien au teint.

Comme Céline dicte le ton de ce qui est beau, ces temps-ci, voyons comment l’orange y est traité: pas de demi-mesure. L’orange s’applique soit par petite touche, aux accessoires nets, aux pochettes rigoureuses, au fameux sac Classic. Ou alors, il se répand en grand, en long et en large comme sur une bluffante robe flottante portée sous une sorte de couverture poncho (voir notre galerie d’images sur le site du Temps).

Mais cet orange jamais baba ni cool, surtout pas, répand aussi son aura bouddhiste sur la garde-robe Prada mixant les codes de la jupe-tailleur, du workwear et un léger folklorisme sud-américain. Sur ce mystique de Haider Ackermann. Sur les sandales compensées Hermès. Et, ce qui atteste de son règne certain, même sur Gucci. Ainsi que sur le vestiaire masculin de ce printemps, Prada, Rag & Bone, Jil Sander… Le printemps, bleu comme une orange, si.