L'Angleterre de Thatcher avait les Clash, celle de Tony Blair restera sans doute marquée par les brûlots contestataires d'Asian Dub Foundation. Autour d'une potion musicale imprégnée de rap, de dub, de punk et de sonorités indo-pakistanaises, le quintette de l'East End londonien s'est en effet hissé en quelques albums coups de poing au rang de «working class hero». Symbole d'une génération qui refuse aussi bien les rondeurs trompeuses du «new labour» que les excès de la mondialisation, le groupe poursuit donc logiquement sur sa lancée avec le fougueux mais un peu décevant Community Music.

Une demi-réussite qui ajouterait presque de l'intérêt à la venue du groupe en terre lausannoise. D'abord parce que, s'il est parfois peu convaincant sur disque, Asian Dub Foundation est regardé par beaucoup comme le groupe le plus performant de la scène britannique actuelle, ensuite parce qu'il dépasse de loin les strictes bornes artistiques.

Ouragan sonore conciliant tradition et technologie, Asian Dub Foundation excelle en effet dans l'art de mêler le geste à la parole. Aux nouveaux titres comme «Real Great Britain» à propos des carences du système Blair ou «Colour Line», charge lancinante contre une globalisation à deux vitesses, fait écho un activisme imperturbable. Militants avant d'être musiciens, les cinq Londoniens se sont engagés pour la libération de Saptal Ram – Anglais d'origine indienne condamné à perpétuité pour avoir tué un de ses six agresseurs lors d'une altercation à caractère raciste – avant de lancer l'ADFED (Asian Dub Foundation Education), une école de musique définie par ADF comme «un chantier, une opportunité pour ceux qui n'ont pas les moyens, ni l'occasion, de vivre une expérience musicale».

Asian Dub Foundation en concert, le 7 avril à 23h30 au MAD de Lausanne, rte de Genève 23, tél. 021/312 29 19. Asian Dub Foundation, Community Music (Labels/Warner).