Un outsider au Philharmonique de Berlin

Musique Kirill Petrenko nommé

Kirill Petrenko à la tête de l’Orchestre philharmonique de Berlin? Personne ne s’y attendait. Cet outsider supplante Christian Thielemann et Andris Nelsons (les deux favoris au premier tour de l’élection en mai, laquelle n’a pas abouti) pour succéder à Sir Simon Rattle dès 2018.

Kirill Petrenko, 43 ans, est un grand chef d’opéra. Il fallait l’entendre diriger Tristan und Isolde, en juin 2011, à l’Opéra de Lyon (une production d’Alex Ollé). Il y avait là un souffle enivrant conjugué à une approche analytique de la partition de Wagner. Cette baguette fébrile et convulsive sait aussi creuser les nuances. Le chef russe l’a prouvé à Bayreuth, où il empoignait en 2013 le Ring dans la mise en scène très contestée de Frank Castorf. Comme le rappelle Die Süddeutsche Zeitung, alors que Castorf avait été hué pendant vingt minutes, Kirill Petrenko, lui, avait été acclamé pour ses débuts sur la «colline verte».

Antistar

Le chef russe – petite stature, grand geste – tranche avec le profil de Sir Simon Rattle. Il n’est pas aussi médiatique que le chef anglais, et il n’est pas certain qu’il ait le même talent de communicateur. La porte-parole de l’orchestre, Elisabeth Hilsdorf, a d’ailleurs annoncé qu’il ne donne pas d’interviews.

Né en 1972 à Omsk en Sibérie, fils d’un violoniste, Kirill Petrenko a 18 ans lorsque son père est engagé au Symphonieorchester Vorarlberg, en Autriche. Pianiste, il étudie la direction d’orchestre à Feldkirch et à Vienne. Il fait carrière en Allemagne. Il est nommé successivement directeur musical de l’Opéra de Meiningen de 1999 à 2002 (où il fut remarqué dans un Ring dirigé quatre jours consécutivement en 2001!), du Komische Oper de Berlin de 2002 à 2007, avant d’être engagé au prestigieux Opéra d’Etat de Bavière à Munich en 2013.

Kirill Petrenko a dirigé à trois reprises l’Orchestre philharmonique de Berlin depuis 2006 – ce qui est relativement peu. Il est à l’aise dans Wagner, Strauss, Mahler et Puccini. Les journaux allemands (Die Welt, Die Süddeutsche Zeitung…) accueillent favorablement la nouvelle de sa nomination, mais le pari est risqué. Il lui faudra élargir et conquérir le vaste territoire de la musique symphonique.