Genre: roman
Qui ? Charif Majdalani
Titre: Caravansérail
Chez qui ? Points, 206 p.

L’ouverture de Caravansérail est belle, de celles que l’on relit pour bien en savourer la facture. Trois phrases à peine, longues, amples comme les traces d’une caravane dans le désert. Après le remarqué Histoire de la grande maison (Seuil, 2005), le deuxième roman de Charif Majdalani, paru en 2007 et sélectionné alors pour les Prix Renaudot et Médicis, s’invente dans le mouvement incessant d’un voyage qui commence au tout début du XXe siècle aux confins du Soudan et s’achève au Liban.

Samuel, le héros de cette épopée aux allures de conte, est un Libanais qui choisit de faire fortune au loin comme nombre de ses compatriotes. Seulement, il n’opte ni pour les Etats-Unis ni pour le Brésil, les deux destinations les plus courantes, mais pour le Soudan. Là, le fils de bonne famille, moustache fine, cheveux à la diable, faux air de William Faulkner, se métamorphose en Condottiere des sables.

Sur sa route, Samuel fait une rencontre peu banale: un compatriote a découpé un palais arabe en morceaux et le transporte ainsi sur le dos d’une centaine de chameaux, persuadé qu’il trouvera facilement un acquéreur auprès des roitelets africains amateurs de fastes. Mais il n’en est rien. Les trompe-l’œil ne prennent plus. «J’ai les Français à l’ouest, les Anglais à l’est, tôt ou tard, les uns et les autres enverront leurs armées, il n’y aura peut-être bientôt plus de sultan de Sila, alors à quoi bon acheter une nouvelle résidence pour une dynastie finie?» lui résume l’un d’eux.

D’emblée, Samuel se demande si son compatriote n’est pas «un peu toqué». Mais comme pris par ce théâtre de pouvoirs, par le rythme lent de la caravane, Samuel décide de l’accompagner. Ira-t-il jusqu’à devenir roitelet lui-même?