Après la boue il y a deux ans, la canicule l'an dernier, c'est le vent qui a régné en maître, cette année, sur le terrain de l'Asse. Tourbillons de poussière et températures fort peu estivales n'ont pourtant pas empêché les festivaliers de suivre en masse les 1193 artistes présentés. Un marathon musical qui s'est déroulé dans une ambiance toujours conviviale, malgré la stigmatisation dont la violence a fait l'objet ces derniers jours. Le jeune homme agressé en milieu de semaine étant revenu sur le site pour suivre la fin du festival, c'est avec un sourire triomphateur que Daniel Rossellat, directeur du Paléo, a annoncé une affluence dépassant une fois encore la barre des 200 000 festivaliers (202 081, pour être précis). «Cette édition fut un succès populaire, financier et artistique complet. Nous sommes à 98% de la capacité d'accueil du site», a ajouté le maître de cérémonie avant d'apostropher les journalistes: «Notre système n'est pas parfait, mais c'est à vous d'en chercher les défauts.» Cherchons donc!

Sur la Grande Scène

Centre d'attraction de Paléo, cet immense territoire dévolu aux musiques dites populaires a proposé une affiche de bonne tenue, mais sans réel génie. Et si la plupart des gros calibres – I Muvrini, Garbage, Ben Harper, Gotthard – ont justifié leur réputation, d'autres se sont montrés plus avares. Après le show très lisse de Bryan Adams en début de semaine, les festivaliers ont dû se contenter d'un Charles Aznavour distant et fatigué. Que dire enfin de la prestation de Celia Cruz, ouverte sur un concert de larsen et dans un cafouillis sonore qui n'a pu rendre justice à l'une des meilleures formations de salsa du monde. Reste malgré tout quelques heureuses surprises, à commencer par une Zazie conquérante qui a démontré d'étonnantes qualités de performer, et un Carlinhos Brown pour le moins survitaminé.

Sous le Chapiteau

Au fil des années, la seconde scène de Paléo (en capacité) est devenue le véritable cœur du Festival. Avec une succession de valeurs sûres telles que Zebda, Fun Lovin'Criminals, Cesaria Evora ou Higelin, Paléo s'est assuré une escouade capable d'enthousiasmer le public. Mais si, de ce point de vue, le pari a été globalement rempli, quelques artistes ont passé à côté de leur sujet. Très attendu, le patriarche cubain Rubén González a livré une triste performance. Et on peut se demander si Jan Garbarek et son Hilliard Ensemble (dont le concert a été perturbé par les mouvements de foule) n'auraient pas trouvé de meilleures conditions sous un espace plus intime.

Sous le Club Tent

Sur ce carré d'herbe compact, les festivaliers ont croisé le pire et le meilleur. Oublions donc le pire pour évoquer quelques moments de bonheur qui ont fait du Club Tent la scène la plus réjouissante de ce 24e Paléo. Outre Mangu, dont la salsa épicée de rap a fait un carton, la troupe britannique Herbaliser s'est imposée grâce à un irrésistible cocktail de funk et de hip-hop qui en fait le prétendant le plus sérieux à la succession du légendaire Blues Brothers Band (pour l'énergie et l'aspect festif). Bouffée de fraîcheur acoustique, Tryo s'est également offert un triomphe devant un public reprenant ses titres en chœur. Mais la palme de l'enchantement revient au quartet londonien Badmarsh & Shri (seule authentique révélation de ce festival), dont la drum & bass métissée de sonorités indiennes a subjugué l'assistance.

Sous le Dôme

«Nous sommes plutôt satisfaits de la formule actuelle du Dôme», annonçait hier Daniel Rossellat. Dotée pour la première fois de gradins, la petite scène de Paléo n'a pas toujours convenu aux artistes qui s'y produisaient. Si on a pu y voir de bonnes choses (Lamb, 22-Pistepirkko) et y apprécier quelques-unes des rares découvertes de cette édition (Venus, Zita Swoon), ce ne fut pas toujours dans de bonnes conditions, par manque de place (et d'air). Ainsi de Kruder & Dorfmeister. Coincés entre les gradins et la scène, les nombreux fans des deux DJ's autrichiens ne pouvaient ni danser, ni respirer. Quant aux Français Lofofora, ils se sont époumonés dans un cadre peu adapté à leur hardcore rugissant.