Longtemps, l'Afghanistan a rimé avec trésors archéologiques. Situé au carrefour de l'Iran, de l'Asie centrale, de la Chine et de l'Inde, le pays a été le théâtre prodigieux de rencontres entre l'Orient et l'Occident, le monde grec et le monde bouddhiste. Après vingt ans de guerre, d'invasion puis de guerre civile, le pays est devenu un désert: exode massif des habitants, villes rasées, musées saccagés.

En 1995, quand les talibans arrivent au pouvoir, ils se retrouvent maîtres d'un champ de ruines. Le musée de Kaboul est pillé et ses trésors se retrouvent au Pakistan, d'où ils irriguent les trafics d'art internationaux; les différents sites archéologiques du pays continuent de servir de bases de repli, pour des populations fuyant les bombardements, ou d'entrepôts d'armes. Au gré des tensions internes au pouvoir taliban, le peu de vestiges encore debout devient une clé de discorde ou de chantage entre ultras et modérés. A côté des bouddhas géants de Bamiyan, les plus grands du monde (Le Temps du 28 février), qui focalisent l'attention, d'autres sites formaient la richesse historique de l'Afghanistan.

Le site d'Hadda, près de Djelalabad, à l'est du pays, réunissait sur 6 km2 des centaines de monastères bouddhistes, construits entre le Ier et VIIe siècle après J.-C. Il était l'un des fleurons de l'art gréco-bouddhiste, où Bouddha prend les traits d'Apollon. Les vestiges entreposés au Musée de Kaboul sont perdus. Seules demeurent les acquisitions du musée Guimet à Paris.

Bagram, près de Kaboul, était l'emplacement de l'une des principales villes de l'empire Kushan (II et IIIe siècles après J.-C.). Dans les ruines de la citadelle du roi Kanishka, un fabuleux trésor a été découvert dans les années 30: les plus anciens ivoires indiens connus, des laques chinoises de l'époque Han et les plus anciennes vaisselles

gréco-romaines en provenance d'Alexandrie.