Vapeurs ocre et mauves, qui laissent entrevoir un coin d'azur, vapeurs fauves et noires, qui masquent, opaques, toute ouverture, vapeurs bleutées, zones lumineuses et chaudes: l'abstraction atmosphérique à laquelle Pierre Terbois s'adonne depuis les années 1970 offre de belles plages de contemplation, de superbes espaces d'une densité variable. Le Musée de Carouge (GE) rend hommage à l'artiste qui, depuis 1961, travaille non loin du musée, à la fois peintre et sérigraphe.

Salves de fumée claire

Le thème des vapeurs se voit repris dans une salle réservée aux photographies de locomotives à vapeur, prises par le peintre à la fin des années 1960 et au début des années 1970, avant qu'elles disparaissent de la circulation. Belles photographies noir et blanc où, comme dans les toiles, la lumière met en évidence les salves de fumée claire, qui montent haut et loin, jusqu'à se mêler aux nuages.

Il peut paraître simple de peindre les nuées, informes et imprécises. Les toiles de Pierre Terbois attestent pourtant une construction solide, qui permet d'échapper au danger du flottement. Ce sens de la composition est mis en évidence, de manière exemplaire, dans un triptyque de 1982, où la structure et la dynamique ascendante sont reprises dans deux tonalités différentes, autant de degrés de profondeur, autant de climats psychologiques ou poétiques.

Etagements et trouées, alternance de transparence

On pourrait même dire qu'une telle peinture se révèle particulièrement malaisée, et qu'il faut une forte personnalité, une bonne concentration et une parfaite maîtrise de la main pour obtenir cet étagement et ces trouées, cette alternance de transparence et de profondeur nocturne, de rougeur oppressante et de marques sombres, posées comme des accents sur un mot qui, sans elles, manquerait de sonorité et ne signifierait rien. D'ailleurs, la présence d'un paysage industriel peint en 1949 prouve que l'artiste n'est pas venu de rien, que sa manière d'aborder le réel - ici, une harmonie grise relevée par le rouge brique d'une cheminée d'usine, de toits et d'une bâtisse - est franche, massive.

Quelques gravures à la pointe sèche

Cette exposition axée sur les peintures récentes, qui comprend également quelques gravures à la pointe sèche, moins nuageuses que foisonnantes de menues brindilles et d'éclats de métal, représente un bel hommage à l'artiste, né en 1932, qui travaille à Carouge mais vit en France voisine, et tantôt en Provence. Claude Lapaire salue son talent dans le livre qui accompagne la présentation: «Sa présence discrète, sa tonalité générale retenue, dit-il d'une toile placée dans son bureau durant plusieurs années, pouvaient porter le vagabondage de ma pensée sans la pousser dans l'abîme.»

Musée de Carouge (GE) (place de Sardaigne 2, tél. 022/342 33 83). Mardi-dimanche 14-18h. Jusqu'au 22 décembre.