Créée en 1938 par le cartooniste Charles Addams, la famille Addams a inspiré quatre séries télévisées entre 1964 et 1998, un crossover avec Scooby-Doo le chien trouillard, et trois films dans les années 1990. Signés par Barry Sonnenfeld (Men in Black), les deux premiers, avec Anjelica Huston et Raul Julia, ont permis de populariser les personnages de cette fantaisie macabre auprès des spectateurs européens.

Esprit d’Halloween, descends sur nous: voici, au fond de leur château hanté, Gomez Addams, le père, dandy beau comme un macchabée, Morticia la mère, longiligne créature draculienne, l’oncle Fester, un bossu chauve à capacités électrogènes, Grandmama, une sorcière traditionnelle, et les gosses, Wednesday, une gamine livide qui a une poupée Marie-Antoinette pour jouet préféré, et Pugsley, un petit gros à haut potentiel. Sans oublier un majordome qui ressemble au jumeau de la créature de Frankenstein et une main coupée folâtrant comme celle d’Orlac. Ces créatures reviennent dans un film d’animation.

Les noces de Mortitia et de Gomez sont interrompues par les honnêtes gens épris de chasse aux sorcières. Les réprouvés émigrent dans le New Jersey et trouvent refuge dans un asile de fous désaffecté dont l’architecture délabrée doit autant au motel de Psycho qu’à quelque château transylvanien. Ils coulent des jours heureux parmi les remugles et les toiles d’araignées. Les choses se gâtent lorsque Margaux Needler, une décoratrice survoltée, se met en tête de rafraîchir la maison des Addams.

Adolescente gothique

L’humour fonctionne sur l’inversion des valeurs: le beau est laid, le laid est beau. On répand la poussière plutôt que l’aspirer, on jette les roses pour garder les tiges, on compare la peau d’une femme à celle d’un poisson mort, enterrer vivant son petit frère est un passe-temps mignon… La systématique s’avère vite lassante, surtout couplée à l’agitation démente de l’animation et l’inévitable morale œcuménique selon laquelle les créatures de la nuit et la middle class américaine appartiennent toutes au genre humain. Donc l’adolescente ultra-gothique change de rôle avec la fille qui aime les licornes en peluche rose, l’oncle qui pue convole avec la décoratrice pimpante…

Les dessins de Charles Addams ont nourri l’imaginaire et la déontologie de Tim Burton – L’Etrange Noël de Mr. Jack, Dark Shadows, Frankenweenie, Miss Peregrine et les Enfants particuliers… Son esthétique imprègne aujourd’hui La Famille Addams, succédané sans grâce d’Edward aux mains d’argent.


La Famille Addams (The Addams Family), de Conrad Vernon et Greg Tiernan (Etats-Unis, 2019), 1h27.