Refik Anadol

Sur un écran géant à la technologie de pointe placé au cœur d’un édifice historique, Refik Anadol – né en Turquie, il vit à Los Angeles – propose des animations organiques, comme de la lave en mouvement, qui provoquent un sidérant effet 3D. On peut se contenter d’être hypnotisé, mais on peut aussi se plonger dans ce qu’il y a derrière: réalisé à l’aide d’algorithmes, ce travail donne corps à des informations issues d’examens neurologiques. Comme un voyage au cœur de notre activité cérébrale.

«Melting Memories», église Sainte-Claire.


Brodbeck & de Barbuat

S’inspirant d’une image iconique de Daguerre, le duo franco-allemand a réalisé entre 2008 et 2012 une série de photographies à l’ambiance postapocalyptique. A l’aide d’un temps de pause long et d’un filtre opaque,
ils ont effacé tous les objets et êtres en mouvement, montrant des villes désolées. Comme une prémonition
de 2020.

«Memories of a Silent World», parc du Panorama.


Juno Calypso

Dans les années 1970, un richissime entrepreneur s’est fait construire, à Las Vegas, un bunker souterrain aux airs d’appartement de luxe. La Londonienne Juno Calypso a séjourné dans ce lieu hors du temps, qui pour elle devient le décor d’un film hollywoodien, entre kitsch et luxure, entre David Lynch et Russ Meyer.
A voir… dans un sous-sol réaménagé.

«What To Do With A Million Years», Théâtre de Verdure.


Julian Charrière & Julius von Bismark

Le premier est Suisse, le second Allemand. Après une collaboration à Venise en 2012, les voici qui s’intéressent aux fake news. En filmant une fausse explosion dans une réserve naturelle américaine,
ils provoquent un vrai emballement médiatique. Une performance – entre photographies et images télé – où affleure une critique de la course à l’info.

«I Am Afraid, I Must Ask You to Leave », château de l’Aile.


Edoardo Delille & Giulia Piermartiri

Le réchauffement et la montée des eaux devraient aboutir à la disparition des Maldives. A partir de cette menace, les Italiens ont eu l’idée de projeter sur les murs d’habitants de l’archipel des photos sous-marines prises par les touristes. Leurs images sont magnifiques, mais elles sont aussi là pour alerter.

«Diving Maldives», jardin du Rivage.


Sébastien Girard

L’artiste américain Richard Prince est connu pour s’approprier des images préexistantes. Le voici en mode arroseur arrosé: le Français Sébastien Girard a enregistré ses images Instagram éphémères et les a compilées dans des albums au format de vinyle. ν

«Richard Prince 1234 / instagram recordings», VHS.


Duy Hoàng

Invité par la résidence d’artistes La Becque, à La Tour-de-Peilz, l’Américano-Vietnamien a utilisé la fonction photo de Google Translate pour demander à l’application de traduire en anglais des formes minérales et végétales qu’elle confondait avec des idéogrammes. Le résultat est une réflexion ontologique sur notre rapport au monde. Et si la nature essayait de nous parler?

«Vestigial Structure», quai Roussy.


Benoît Jeannet

Diplômé du CEP de Vevey, lauréat d’une mention du Grand Prix Images, Benoît Jeannet a travaillé sur la mythologie d’Hawaï. Ile paradisiaque pour les touristes, elle est aussi célèbre pour ses monocultures intensives d’ananas et les essais atomiques qui y ont été menés. Utilisant plusieurs médiums, il propose un bel espace de réflexion.

«Escape from Paradise», Espace Images.


Vincent Jendly

A 5 ans, le Vaudois échappe de justesse à la noyade. Quarante ans plus tard, il effectue le premier de quatre voyages en cargo, comme pour apprivoiser l’eau. Il en a ramené des images belles et parfois anxiogènes, magnifiquement montrées – aux côtés de vidéos – dans un espace sombre qui donne l’impression d’apprivoiser les ténèbres.

«Lux in tenebris», La Droguerie.


Andrea Mastrovito

Pendant trois ans, l’Italien Mastrovito et son équipe ont redessiné au crayon chaque plan de Nosferatu le vampire (1922), long métrage emblématique de l’expressionnisme. Transposée entre New York et la Syrie, l’histoire devient une réflexion sur la migration. Le film d’animation né de cette démarche ainsi que 200 dessins sont présentés dans le cadre idéal du Musée historique.

«NYsferatu: Symphony of a Century », Musée historique de Vevey.


Abraham Poincheval

Il se réveille dans une tente suspendue au-dessous d’une montgolfière. Il se prépare puis sort, marchant alors dans le ciel, au-dessus du Gabon. Filmée et restituée à travers une alignée d’écrans proposant un format super-panoramique, la performance du Français tient à la fois du rêve, de l’utopie et de l’écologie.

«Walk on Clouds», Théâtre Oriental-Vevey.


Kristine Potter

Lauréate du Grand Prix Images Vevey, l’artiste s’intéresse à la violence endémique qui ensanglante les Etats-Unis. Ses clichés en noir et blanc, des portraits de femmes et des marécages faussement paisibles, sont d’une incroyable densité. Dans une salle, on peut voir des chanteurs de Nashville interpréter des murder ballads. Beau et angoissant.

«Dark Waters», La Forge.


Matt Stuart

Dans la plus pure tradition de la photographie de rue, le Londonien capte des scènes insolites, des coïncidences, comme ce chien semblant conduire une voiture d’un air hautain. Ludique.

«All That Life Can Afford», jardin du Rivage.


Penelope Umbrico

Sur des panneaux en plexiglas, des images du Grammont – cette montagne immortalisée par Hodler – retravaillées par l’Américaine à partir de clichés trouvés sur les réseaux. Dans une habile mise en abyme, cette installation sera probablement la plus «instagrammée» du festival.

«Range: of Mount Grammont with Light-Leak Camera App Filters»,  quai Perdonnet.


Annie Wang

Partant du constat qu’une femme n’est plus vue que comme une mère dès qu’elle a accouché, la Taïwanaise s’est photographiée enceinte, puis avec son fils, en affichant toujours derrière eux l’image précédente. Au fil des clichés, la voici redevenue artiste.

«The Mother as a Creator», parc du Panorama.


«Unexpected. Le hasard des choses», Images Vevey 2020, jusqu’au 27 septembre. Entrée libre, masques obligatoires dans les espaces intérieurs.