Yarmouk est un quartier de Damas qui a d’abord été un camp abritant des Palestiniens. En 1954, le gouvernement syrien y installe 10 000 réfugiés parmi les 700 000 expulsés par Israël. Avant la guerre qui débute en 2011, c’était un quartier animé où vivaient jusqu’à 135 000 personnes. Aujourd’hui, Yarmouk est un champ de ruines, en partie toujours sous le contrôle de Daech. Théâtre d’affrontements violents, cette zone a été bombardée et soumise à un blocus; des milliers de civils y sont morts, notamment de faim.

Aeham Ahmad, né en 1988 de parents palestiniens, y a grandi, fondé une famille et survécu jusqu’en 2015. Puis il a fui et s’est retrouvé en Allemagne. Son histoire a fait le tour du monde et notamment la une du New York Times qui lui consacre un reportage de six pages en août 2016. Il vit aujourd’hui avec sa femme et ses deux fils à Wiesbaden.

Magasin de musique

Dans la première partie de son autobiographie, rédigée avec l’aide d’une traductrice et d’un journaliste, Aeham Ahmad raconte sa vie normale d’enfant et d’adolescent. Son père, aveugle, le pousse à l’apprentissage du piano. Durant les années 2000, la Syrie se modernise rapidement. Avec son père, il ouvre une fabrique de luths et un magasin de musique florissants. A 23 ans, désireux de se marier, il demande l’aide de sa mère pour trouver l’âme sœur. Elle «passa à l’action et se renseigna auprès de ses amies». En quelques jours, elle lui trouve la femme idéale, qui deviendra l’amour de sa vie. Quand ils se marient, la guerre a déjà débuté. A la naissance de leur premier fils en 2012, ils ont déjà tout perdu et vivent dans les décombres.

Des notes et des bombes

En avril 2014, Aeham rassemble autour de lui des enfants et quelques hommes qui forment une chorale maladroite. Leurs vidéos sont de plus en plus souvent visionnées et likées, des journalistes commencent à contacter Aeham Ahmad. Il leur répondait: «Nous n’avons pas vraiment le choix à Yarmouk. Soit on rejoint l’un des groupes de combattants, soit on attend tout simplement la mort. Je pense qu’il vaut mieux chanter en attendant de mourir.» Son message au monde: «Ne nous laissez pas mourir de faim.»

Le récit permet de comprendre ce qui a poussé ce jeune homme à placer son piano désaccordé sur un chariot et à jouer dans les ruines où ne rôdent que mort, faim et désespoir. Un enchaînement d’événements liés à son enfance et aux rencontres avec les survivants de Yarmouk en a décidé ainsi. Malgré une thématique dure et la complexité du conflit syrien, Le pianiste de Yarmouk est un texte souvent drôle et captivant sur l’art et l’amour face à l’horreur de la guerre.


Aeham Ahmad
«Le pianiste de Yarmouk»
Traduction de l’allemand par Gilles Grand
La Découverte, 343 p.