Gepetto met au point un robot de guerre qui répond au nom de Pinocchio. L’«inventeur diplômé» part vendre à l’armée sa création; le Terminator junior carbonise Mme Gepetto au cours d’un coït torride. Le veuf fait disparaître le corps de son épouse et parcourt le vaste monde dans l’espoir de retrouver son arme de destruction massive. Il finit dans le ventre d’un poisson géant irradié par des déchets radioactifs tandis que Pinocchio se retrouve à travailler à la chaîne dans l’usine de Stromboli. Il s’en évade dans un déchaînement de feu pour se conformer à certaines des épreuves du conte de Collodi, à d’autres aussi…

Figure majeure de la BD indépendante, Winshluss a remporté le Prix du meilleur album au Festival d’Angoulême en 2009 avec cette relecture hallucinée de Pinocchio dont la noirceur et la cruauté fascinent. Il a trempé son pinceau dans des cambouis et des sanies inqualifiables pour élaborer une descente crapoteuse dans les bas-fonds de l’espérance. L’expressivité du dessin est telle qu’elle invalide le recours au texte – à l’exception des Aventures de Jiminy Cafard, dessinées avec le pied gauche en contrepoint du récit. L’auteur convoque des personnages originels, le Renard, le Chat, Lucignolo… Il en introduit d’autres, comme un flic dépressif à tête de moaï, un pingouin sentimental ou Blanche-Neige, séquestrée par sept chauves sadiques…

L’affreuse beauté de l’ouvrage culmine dans le chapitre situé sur l’Ile enchantée. Ce n’est pas en ânes mais en loups que se transforment les enfants paresseux, succombant aux discours de haine que prononce un clown macabre et s’élançant en meutes, ivres de destruction, dans la guerre. L’absence de la Fée bleue, chère à Disney, se fait rudement ressentir…


Pinocchio, de Winshluss, Les Requins Marteaux, 188p.


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