Critique littéraire, Philip Anders part à la recherche de son ami, Julian Wells. Une recherche intime, et par nature, désespérée; Julian s’est suicidé, un soir, penché dans une barque, sur un lac non loin du chalet où il séjournait avec sa sœur. Ecrivain brillant quoiqu’emphatique, Julian traquait les tueurs en série, les hommes et les événements qui exposent la face la plus sombre, la plus cruelle de l’humanité. Il s’est penché sur le massacre d’Oradour pendant la Seconde Guerre mondiale; il a visité le château de la comtesse Ersébet Báthory qui, dans le XVIIe siècle austro-hongrois, saignait des jeunes femmes pour alimenter sa baignoire de Jouvence; il a marché dans Rostov, sur les pas d’un assassin du petit matin…

Mais il y a peut-être un drame initial à tout cela. Philip veut comprendre le geste de son ami. Il est rejoint par la sœur de celui-ci, tout aussi soucieuse de saisir l’insaisissable. Avec Philip, dans leur jeunesse, Julian s’était rendu dans l’Argentine des caporaux, il y avait eu pour guide une fille des campagnes peut-être plus énigmatique qu’au premier abord. En avançant, en traversant l’Europe à la recherche fantomatique de son ami écrivain, le critique littéraire et la sœur plongent plus profondément dans ce passé à zones d’ombre.

Le dernier roman de Thomas H. Cook relève-t-il du polar? Peut-être. C’est aussi un roman sans genre, qui mêle si bien la poursuite du proche perdu, la description d’une amitié par-dessus le vide de la mort, et ces couches d’histoire du XXeme siècle qui pèsent encore tant sur de consciences. L’auteur de Au lieu-dit Noir-Etang évoque écriture et Guerre froide, esprit et violence, affection et histoire. Ce Crime de Julian Wells constitue une investigation psychologique et mémorielle, il repose sur le passé et une affection. L’enquête se révèle langoureuse, elle se déroule, selon les lieux, à son rythme. Elle cherche toujours, presque désespérément, l’ami perdu. Ce Julian qui a dit avoir commis un «crime». A quoi pensait-il? Profond mystère.