Cet article fait partie d'un cahier spécial réalisé en partenariat avec la Ville de Genève et abordant le thème du numérique et de la création digitale dans le monde de la culture.
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C'est parti! Le numérique voit enfin un pôle romand prendre lentement forme. Il y a un peu plus de trois ans, un projet de centre pour les arts numériques, le D.I.X., finissait par capoter alors qu'il semblait sur la bonne voie. Le conseil de fondation qui portait en partie cette initiative a récemment assuré que tout n'était pas enterré, qu'au contraire les discussions allaient bon train pour faire émerger un nouveau pôle, sous une forme différente mais avec la même intention: faire rayonner et encourager la création numérique sur le plan local, régional et national, voire international.

Avant toute chose, une étude

Les actes se joignent aux paroles avec un projet désormais sur les rails, porté par une fondation faisant collaborer différents acteurs: la RTS, la HEAD/HES-SO Genève, le GIFF, Virtual Switzerland et Créatives+, avec l'accompagnement de la ville et du canton de Genève. Pas de précipitation cependant, ce pôle numérique n'en est pour le moment qu'à ses premiers balbutiements. Sa toute jeune fondation se cherche actuellement une direction opérationnelle et met le poste au concours.

Surtout, elle lance une étude de plusieurs mois afin de sonder et analyser le vivier créatif romand, débusquer les acteurs et définir les besoins, qu'ils soient financiers, matériels ou théoriques. A la barre de cette étude, Virtual Switzerland, qui «promeut et facilite l’adoption, le développement et le transfert des technologies immersives». «Il s'agit de mieux comprendre les besoins de la production, la création et la diffusion d'œuvres numériques, précise Laetitia Bochud, à la tête de l'entreprise. Nous allons procéder à un recensement des lacunes, des forces et des faiblesses, puis nous organiser au sein de la fondation pour y répondre de manière tangible. Il faut pouvoir créer une vraie identité autour de la création digitale.»

Une cartographie de la création numérique romande

Cette étude doit s'étendre sur toute l'année et sera notamment épaulée par des artistes, des professionnels et des institutions du milieu. Les résultats seront ensuite présentés lors du Geneva Digital Market (GDM) organisé dans le cadre du Geneva International Film Festival (GIFF) en novembre prochain. Elle est pour le moment la première étape de ce pôle et va permettre de cartographier le panorama numérique romand afin d'établir des bases solides pour la construction d'un projet concret. A la différence du D.I.X., qui comptait avant tout partir d'un lieu physique pour construire ensuite un écosystème d'artistes et de créateurs, le pôle compte prendre le problème à l'envers: partir de ce qui est déjà existant pour structurer le tout et lui donner une forme cohérente.

Comment? Majoritairement par le biais de soutiens financiers, d'accompagnements de carrières et de mise à disposition de lieux et de matériel. Il n'est pour le moment pas prévu d'établir de site central consacré à la diffusion des œuvres numériques. Le pôle ne fait cependant pas l'impasse sur cette dimension de partage. Selon Anaïs Emery, directrice du GIFF, «la médiation et la mise en réseau des différents acteurs du numérique seront en filigrane de l'ensemble du projet». Une annonce qui devrait réjouir les artistes, qui regrettaient justement de devoir la plupart du temps travailler dans leur coin, sans véritable lieu de rencontre, de discussion et de travail.

Une mise en commun des forces et des expertises

Pas de lieu centralisé mais la RTS est évoquée pour accueillir dans le futur des studios de création et des équipements technologiques. Un projet qui va dans le sens de sa volonté de transformation digitale, comme l'évoque dans un communiqué Pascal Crittin, directeur de la RTS et président de la fondation: «La RTS et la SSR sont très engagées dans le soutien à la production suisse, notamment dans le cinéma et la musique. Il est donc tout naturel pour le service public audiovisuel de soutenir aussi la création numérique suisse, qui s’appuie sur les possibilités technologiques et les nouvelles formes d’écriture de notre époque, pour la partager avec le public et contribuer à son rayonnement en Suisse et à l’étranger.»

Le GIFF propose de son côté avec le GDM un point de ralliement de la création numérique d’envergure internationale, un réseau et une expertise. Chaque membre de la fondation apporte finalement sa propre pierre à l'édifice, se réjouit Alexandre Iordachescu, vice-président du conseil de fondation, directeur d’Elefant Films et producteur indépendant: «Il y a une véritable envie de structuration et de mise en commun des différentes expertises. Nous sommes à un moment charnière du numérique, où les politiques publiques se rendent compte de l'importance de ce secteur. A nous de donner l'impulsion nécessaire pour aller dans la bonne direction et offrir un projet concret et efficace pour les acteurs du digital.»

La Romandie sur la carte du numérique

Le pôle numérique a aussi vocation à jouer un rôle d'aimant. Avant peut-être d'attirer des créateurs internationaux dans le giron romand, il s'agit surtout d'endiguer la fuite des cerveaux à l'étranger, en France ou à Montréal par exemple, qui ont pour le moment un temps d'avance sur la Suisse. Car les talents existent, mais ils sont sous-exploités, regrette Alexandre Iordachescu. Pour Anaïs Emery, il y a effectivement un retard à rattraper, et cette mise en commun d'expertises différentes au sein de la fondation est une nouvelle réjouissante: «Cette initiative a un positionnement courageux qui se veut suffisamment global pour créer un écosystème sain et durable. C'est un projet à la fois ambitieux dans son but, mais humble dans sa conception avec d'abord une grande étude avant de se jeter la tête la première dans des actions concrètes.»

Pour le moment, le pôle numérique n'en est cependant qu'à ses timides débuts. La prochaine étape importante n'aura donc lieu qu'à l'automne 2022, avec la présentation des résultats de l'étude préliminaire. Il s'agira ensuite de rendre tangibles les grandes lignes directrices encore théoriques annoncées par le conseil de fondation afin de bénéficier d’un projet régional ambitieux pour les artistes et les créateurs. Car au final, c'est à eux que le pôle doit servir en priorité.

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