L’animateur populaire de la télévision ivoirienne Yves de M’Bella a été condamné ce mercredi en comparution immédiate à deux millions de FCFA (3320 CHF), à un an de prison avec sursis pour «apologie du viol» et s’est vu signifier l’interdiction de quitter Abidjan. Cette décision de justice est saluée ce jeudi 2 septembre par les associations féministes locales comme un premier «signal fort», même si elles estiment qu’il faudrait aller plus loin.

«Comment tu fais?»

Bénédicte Joan, présidente de l’association Stop au chat noir qui vient en aide aux victimes de viol aurait souhaité que soit ordonné le versement de dommages et intérêts aux associations de défense des droits de la femme et d’aide aux victimes de violences sexuelles. Désirée Dénéo, la secrétaire générale de La Ligue ivoirienne des droits des femmes, rappelle quant à elle que «plein de dossiers n’ont jamais abouti», que «le certificat médical n’est pas gratuit pour les victimes de viol» dans le pays – il coûte 50 000 FCFA (83 CHF) – et que «la boîte Messenger de la Ligue explose de témoignages de femmes victimes de viols» depuis lundi.

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C’est ce jour-là, en fin d’après-midi, que la chaîne de télévision ivoirienne NCI diffusait en direct l’émission controversée. La Télé d’ici vacances, présentée par Yves de M’Bella, était consacrée au viol. Et pour l’occasion, l’animateur avait invité un ancien violeur. A une heure de grande écoute, il lui a alors demandé d’expliquer comment il s’y prenait pour abuser de ses victimes. L’homme s’est ainsi lancé dans une démonstration détaillée sur un mannequin en plastique.

L’animateur l’a aidé à l’allonger sur le plateau et a commenté tout du long, en riant, les techniques employées par cet homme. «Ça peut l’exciter!», glisse Yves de M’Bella. Les questions qui suivent sont indécentes: «Comment tu fais?», «Tu touches son sexe?» Après cette séquence, le présentateur est allé jusqu’à demander à l’ex-violeur de prodiguer des conseils aux femmes pour ne pas être violées.

La face visible

A peine terminée, l’émission a suscité l’indignation de personnalités ivoiriennes et de nombre d’anonymes sur les réseaux sociaux. «Dites-moi que je rêve, écrit ainsi sur Facebook l’artiste et humoriste Priss’K. C’est écœurant, inadmissible, irrespectueux, surtout envers les femmes. Un viol, c’est tellement dégradant, déshumanisant pour la victime.»

L’artiste peintre et ancienne animatrice star de la télévision ivoirienne, Geneviève Wannée, dénonce «l’attitude du présentateur qui aborde le sujet du viol comme un jeu, qui parle d’un sujet aussi traumatisant pour les victimes avec humour et désinvolture» et «donne l’opportunité à l’invité de faire une démonstration de viol.»

Nassénéba Touré, ministre de la Femme, a de suite déclaré condamner «fermement ces actes ignobles» qui «viennent saper les efforts» en vue d’éradiquer «ce fléau – le viol – qui gâche la vie de milliers de femmes et de filles.»

Selon l’ONG locale Citoyennes pour la promotion et la défense des droits des enfants, femmes et minorités, 1121 viols et 416 féminicides ont été commis dans la seule ville d’Abidjan ces deux dernières années. La Ligue ivoirienne des droits des femmes a donc immédiatement réagi dans un communiqué pour rappeler que «le viol est un crime» et a déposé une plainte «pour outrage public à la pudeur et apologie du viol» contre la chaîne privée NCI et Yves de M’Bella.

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Si ce dernier a bien été condamné par la justice pour son attitude désinvolte et complaisante à l’égard de l’ex-violeur, condamné lui à deux ans de prison ferme, la chaîne de télévision n’a reçu qu’un appel à faire preuve de «vigilance» dans sa programmation par la Haute autorité de communication audiovisuelle. Pour le quotidien Le Réveil, proche du principal parti d’opposition ivoirien, Yves de M’Bella «n’est que la face visible d’une émission savamment orchestrée et minutieusement préparée»